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Les Français
de la préhistoire
de 1 800 000 à 2090 avant notre ère
Le premier peuplement de la France date d'un peu plus de un million d'années. Retrouvés dans le Massif central et dans le sud de la France, de grossiers outils de pierre taillée côtoient des débris alimentaires de populations qui ignorent le feu, débris d'une faune et d'une flore bien différentes de celles d'aujourd'hui. Commencées il y a 2,4 millions d'années, les glaciations de l'hémisphère Nord ont atteint leur plein développement. Les premiers habitants de ce qui sera la France (Homo erectus puis Homo sapiens archaïque) vivent ainsi dans un paysage de taïga et de steppe, entourés d'une faune arctique, ou, dans les périodes de rémission climatique, au sein de forêts peuplées d'ours, de cerfs, de sangliers, de chevreuils et de bovidés. Vers 10 000 avant notre ère, le réchauffement des températures offre à l'Homo sapiens sapiens, l'homme moderne, un environnement favorable. Rassemblés en groupes nombreux autour de foyers constamment entretenus, les humains polissent la pierre, façonnent les premières formes d'art, découvrent l'agriculture et l'habitat sédentaire, et, enfin, inventent la métallurgie.
Des Celtes
aux Romains
1200 avant notre ère - 397 de notre ère
Limitée par le Rhin, la Méditerranée, les Alpes, les Pyrénées et l'Atlantique, la Gaule constitue un territoire remarquablement cohérent au moment de la conquète romaine: les anciens envahisseurs celtes, désormais fondus dans la population autochtone, lui ont imposé leur langue et leur mode de vie. Mais, divisés en tribus farouchement attachées à leur liberté et soucieuses d'imposer leur prééminence, les Gaulois n'ont jamais réussi à réaliser l'unité politique qui leur permettrait de résister aux légions de l'envahisseur. La conquète romaine, précédée par une colonisation grecque dans le sud de la France, autour de Marseille, s'effectue en deux temps: avant la création de la Narbonnaise, au Ier siècle avant notre; puis au cours des campagnes de César, entre 58 et 50 avant notre ère. Dans le siècle et demi qui suit, tout le territoire de l'actuelle France passe, de proche en proche, sous la domination romaine: la dernière région rebelle, la Bretagne, est conquise en 57 de notre ère. Dans la même période, la langue latine et le mode de vie romain s'imposent dans toutes les classes sociales. L'art et la religion gardent seuls des traces de l'ancienne civilisation celtique.
Les premiers
siècles médiévaux
451 - 1099
Dans le cours du Ve siècle, la France est en pleine confusion. L'Empire romain, qui subsiste en Orient, n'a plus d'existence réelle en Occident. Des Germains s'établissent dans le pays: les Wisigoths dans le Sud-Ouest, les Burgondes dans la région du Rhône et les Francs dans le Nord. Une nouvelle période commence, le Moyen Âge. La France, alors, ne constitue nullement un territoire unitaire. Sauf sous quelques souverains puissants tels Clovis, elle est morcelée, au gré des partages entre héritiers, en royaumes multiples. Ou bien elle fait partie d'une unité plus vaste, comme c'est le cas à l'époque de Charlemagne. Les premiers Capétiens eux-mêmes ne règnent directement que sur un domaine peu vaste. Des régions entières (ainsi la Normandie, concédée aux Vikings) échappent à leur pouvoir, même si le seigneur qui gouverne ces régions reconnaît théoriquement l'autorité du roi, à titre de suzerain. En fait, la France du début du Moyen Âge apparaît comme un ensemble d'enclaves repliées sur elles-mêmes. La population, très réduite par rapport à l'époque romaine, vit essentiellement à la campagne, en quasi-autarcie. Les châteaux forts et leurs domaines, à la fin de la période, constituent les véritables pôles du pouvoir politique, militaire et économique.
La fin du
Moyen Âge
XIIe - XVe
siècle
Ce qu'un grand historien a pu appeler "l'automne du Moyen Âge" est une ère de contrastes. D'un côté, la civilisation française connaît à cette époque un développement admirable: la poésie fleurit avec les troubadours, l'architecture et la sculpture s'épanouissent avec l'art roman puis le style gothique, les premiers chefs-d'oeuvre de la peinture apparaissent, aux verrières des cathédrales ou dans les manuscrits enluminés. De même, le progrès économique et social est remarquable. À cette époque s'effectue le passage d'une économie agricole largement autarcique vers un système d'échanges où les produits de la campagne sont vendus dans des villes en pleine croissance, qui, elles, redistribuent des objets manufacturés. Enfin, le pouvoir royal s'affermit, l'administration progresse, le territoire évolue vers plus d'unité. Mais, de l'autre côté, les derniers temps du Moyen Âge sont marqués par des crises très graves. Certaines sont religieuses, et culturelles à la fois: la lutte contre les albigeois, dans le Midi, prend des allures d'extermination d'une civilisation par une autre. D'autres sont démographiques, et parfois aussi militaires: le XIVe siècle, frappé par la terrible Peste noire, disettes à répétition, et par le fléau de la guerre de Cent Ans, constitue un âge particulièrement sombre dans l'histoire de la France.
Renaissance
et classicisme
XVe - XVIIe
siècles
La folle entreprise des guerres d'Italie, si elle ne procure à la France aucun bénéfice territorial, lui révèle une civilisation entièrement différente de celle qui a été la sienne au cours des siècles précédents. À l'âge des chevaliers succède celui des humanistes. Francois Ier est le premier roi à faire d'une politique culturelle de prestige un moyen de gouvernement. Le souci de l'image royale est à l'origine des châteaux construits sur les bords de la Loire, puis en Île-de-France, enfin à Paris même, des oeuvres d'art suscitées ou rassemblées, de la protection des musiciens, des poètes. Sous le vernis de rois gentilshommes se dissimule cependant une volonté de fer, qui s'exprime à l'occasion des guerres de la Religion, ou dans la lutte à outrance contre les puissances voisines, pour assurer la prééminence internationale de la France. Le pays prend alors l'allure centralisée qui est le sien encore aujourd'hui. Certes, les provinces demeurent, avec leur privilèges; et l'aristocratie terrienne reste jalouse de son pouvoir, jusqu'à tenter périodiquement de disputer au roi le sien (la Fronde). Mais le pouvoir monarchique s'affirme de plus en plus fermement, sur tout le territoire, qu'il s'exerce de Paris ou depuis un palais proche, et que ce soit le roi lui-même qui parle, ou un de ses grands ministres, Sully, Mazarin, Richelieu ou Colbert.
Le temps
des Lumières
1715 - 1789
Sur son lit de mort, Louis XIV recommande à son arrière-petit-fils de ne pas cultiver la guerre comme lui-même l'a fait. Louis XV n'en tiendra nul compte. Le XVIIIe siècle, qu'on regarde comme un âge spirituel et galant, est un période de grands conflits, dès avant ceux de la Révolution: guerre de la Succession de Pologne, guerre de la Succession d'Autriche, guerre de Sept Ans... Les malheurs économiques, qu'ils soient dus à des facteurs climatiques ou à des épidémies, se conjuguent aux guerres pour faire de ce siècle une période sombre. Le pays est dramatiquement endetté, la production alimentaire reste insuffisante, et la peste, ou la variole, accumule des victimes. L'âge qu'on dit "éclairé" est aussi celui où le fanatisme religieux conduit à des crises mystiques participant de l'hystérie (convulsionnaires de Saint-Médard) ou à des jugements iniques (l'exécution de Calas). Pour échapper aux horreurs du siècle, les peintres se tournent vers un monde idéal, paisible et bucolique, vers la beauté des nus et les sujets galants (Boucher et Fragonard). C'est ce même besoin d'évasion qui explique les folies de la Régence. Mais la misère et les injustices suscitent la colère des philosophes (Voltaire), leurs quêtes utopiques d'un monde meilleur (Rousseau), ou le travail qu'ils entreprennent d'une recension des progrès accomplis pour lutter contre l'obscurantisme (Diderot).
La Révolution
et l'Empire
1789 - 1815
Commençant par la prise symbolique de la Bastille, le 14 juillet 1789, la Révolution remplace la monarchie de droit divin par le système républicain et substitue aux vieux cadres féodaux des institutions fondées sur les principes de liberté et d'égalité énoncés par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Mais l'accumulation des difficultés financières et le danger extérieur que représente l'Europe coalisée conduisent le mouvement révolutionnaire à se durcir: en 1793, la Terreur est à l'ordre du jour. Après l'élimination des extrémistes en 1794, des modérés tentent en vain, pendant le Directoire, de stabiliser le régime. L'armée a le dernier mot et le général Bonaparte s'empare du pouvoir. Le Consultat puis l'Empire consacrent la gloire fulgurante de Napoléon, aussi bien dans sa magistrale organisation des institutions que dans l'épopée militaire qui le rend maître de l'Europe. L'Empire, avec ses fastes et ses conquêtes, s'effondre en 1814 sous les coups des nations européennes et, après Waterloo, le "Petit Caporal" est relégué à Sainte-Hélène. De 1789 à 1815 se forge ainsi lentement une oeuvre qui fonde les bases de la France moderne.
Les monarchies
constitutionnelles
1815 - 1851
Restauration et monarchie de Juillet ne consacrent pas le retour à l'Ancien Régime, les trois rois - Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe - qui se succèdent, gouvernent selon le principe d'une monarchie constitutionnelle. Il faut contenter à la fois l'aristocratie traditionnelle revenue en France et les mouvements issus de la Révolution et de l'Empire. Mais les ultras de la droite réactionnaire, par leurs mesures excessives contre les acquis des décennies précédentes, entraînent la chute de la Restauration lors des Trois Glorieuses (1830). Une royauté plus "bourgeoise" se rétablit avec la monarchie de Juillet - jusqu'à la Révolution de 1848, qui instaure l'éphémère IIe République. Si le régime constitutionnel de cette première moitié de XIXe siècle ne peut répondre aux revendications contradictoires des différents partis politiques, la période reste celle de la modernisation économique: manufactures, machine à vapeur, chemin de fer, télégraphe, toutes choses qui contribuent à l'essor de la France et à l'apparition du grand capitalisme. Avec ses contreparties: le dépeuplement des campagnes au profit des villes, la formation d'un prolétariat mal payé et exploité.
Le second
Empire
1851 -1870
C'est par un coup d'État que Louis Napoléon Bonaparte s'empare du pouvoir en 1851 et, se faisant proclamer empereur sous le nom de Napoléon III, institue un régime quasi dictatorial, renforcé par la faiblesse de l'opposition. Toutefois, à partir de 1860, le règne évolue vers un libéralisme mesuré, et il sort plutôt consolidé qu'affaibli par les concessions accordées à l'opposition républicaine et socialiste. Le régime devrait aussi être renforcé par le développement économique exceptionnel que connaît le pays à cette époque: les transformations industrielles, l'afflux des capitaux gérés par les nouvelles banques, la politique de grands travaux urbains illustrée par le nouveau Paris d'Haussmann se combinent avec l'apparition des premiers "grands magasins", aux techniques de vente novatrices. La France, en plein essor, se trouve éclairée par les fastes de la "fête impériale", le prestige des grandes Expositions universelles, les plaisirs de la "vie parisienne". Mais les engagements hasardeux de Napoléon III en politique étrangère, s'ils rehaussent d'abord son image lors des campagnes de Crimée et d'Italie, se soldent par l'échec des expéditions du Mexique et, surtout, par la catastrophe de la guerre contre la Prusse en 1870, qui provoque, avec la défaite, l'effondrement du régime.
Les débuts
de la IIIe République
1870 - 1918
Après Sedan et la chute de l'Empire, la IIIe République est proclamée. Mais la France connaît la guerre civile et la répression après la Commune. Dans les années qui suivent, le principal problème est institutionnel: convient-il de revenir à une monarchie, ou la république est-elle solidement établie? Elle le devient avec la Constitution de 1875, qui l'installe dévinitivement. Dès lors, le régime accomplit une oeuvre remarquable, dans le domaine de l'enseignement et dans celui de l'organisation des libertés fondamentales. Petit à petit se constitue un État où laïcité et démocratie deviennent des valeurs fondamentales. À la même époque, la France s'agrandit des territoires conquis en Afrique et en Asie. Mais la République reste affaiblie par l'instabilité des partis, discréditée par les scandales, secouée par des crises comme celle provoquée par le général Boulanger, et divisée pronfondément lors de l'Affaire Dreyfus. L'opinion et les dirigeants ne cessent par ailleurs de songer à la revanche sur l'humiliation de 1870. Aussi, lorsqu'un archiduc autrichien est assassiné à Sarajevo, en 1914, le gouvernement se lance dans la Grande Guerre. Il en résulte cinq années pendant lesquelles les "poilus" subissent dans leurs tranchées les rigueurs d'un conflit affreux.
D'une guerre
l'autre
1918 - 1939
Sortie victorieuse de la Grande Guerre, la France compte un million de morts, des centaines de milliers d'invalides, des villes détruites et des millions d'hectares de terre saccagés. Pourtant, l'euphorie du triomphe masque ce lourd bilan: les "folles années" 1920 font oublier les difficultés économiques du pays et l'instabilité politique, fluctuant au gré des crises internationales. La crainte provoquée par l'exemple des bolcheviks en Russie entraîne la réaction conservatrice du Bloc national, remplacé en 1924 à cause de ses échecs par le Cartel des gauches. Le régime républicain est secoué par les scandales ou par les manifestations virant à la guérilla urbaine, comme celle du 6 février 1934. Pour répliquer aux extrémistes de droite, les partis de gauche se regroupent. Porté par les premiers effets de la crise économique mondiale, le Front populaire remporte les élections en 1936. Sous la direction de Léon Blum, il accomplit des réformes sociales décisives. Mais l'union se brise en 1938, notamment sur la question de la guerre d'Espagne. Cependant, la menace constituée par les puissances européennes fascistes ne cesse de s'accroître, et, tandis que la politique extérieure française vise à maintenir la paix à tout prix, les provocations hitlériennes se font de plus en plus précises. La guerre, que le gouvernement Daladier a tâché encore d'éviter à Munich, éclate le 3 septembre 1939.
La Seconde
Guerre mondiale
1939 - 1945
Alors qu'en 1914 l'opinion avait soutenu l'entrée en guerre, en 1939, les Français ne veulent à aucun prix d'un conflit. Mais la soif de domination de Hitler aboutit au déclenchement des hostilités. En mai 1940, l'offensive allemande balaie les troupes françaises. La défaite, consacrée par l'armistice, provoque la chute de la IIIe République. Un nouveau régime, l'État français - dit aussi "gouvernement de Vichy" - , se met en place. Sous la direction du maréchal Pétain, il gouverne la moitié sud de la France, non occupée par les Allemands, et promeut une politique de regénération nationale; après octobre 1940 l'État français se lance dans une collaboration active avec le régime nazi. Cette politique, qui passe par une dramatique "chasse aux Juifs", enfermés dans des camps et livrés aux SS pour être déportés, n'assure même pas à Pétain le pouvoir de continuer à gouverner de façon autonome: le 11 novembre 1942, les forces allemandes occupent la moitié sud de la France. De Londres, le général de Gaulle appelle à la poursuite du combat. La Résistance s'organise, formée de ceux qui veulent continuer la lutte, rejoints bientôt par les réfractaires au Service du travail obligatoire. L'acharnement de ces hommes et de ces femmes permet à la France de ne pas figurer, à la fin de la guerre, dans le camp des vaincus.
La IVe
République
1946 - 1958
L'après-guerre est marqué par un formidable optimisme. La liberté et la paix retrouvées, une expansion démographique sans précédent au XXe siècle, une croissance économique remarquable après les difficultés conjoncturelles de la période qui a suivi la Libération. Pourtant, sur le plan institutionnel, la France se cherche. Le retour à la IIIe République ayant été jugé impossible, une nouvelle Constitution est laborieusement mise en place, donnant naissance à la IVe République. Malgré cela, le général de Gaulle, grande personnalité révélée par le récent conflit, met en garde contre l'impossibilité de gouverner le pays, dans le cadre d'un régime qui continue à faire la part belle au pouvoir législatif et où les gouvernements fluctuent au gré de majorités politiques extrêmement mouvantes. N'étant pas écouté, il se retire de la politique. Mais l'instabilité ministérielle lui donne finalement raison. Un des problèmes les plus graves auxquels la France doit faire face à cette époque est celui de ses colonies. Le rôle héroïque joué par celles-ci durant la guerre oblige la métropole à décider une modification du statut des terres qu'elle domine en Afrique et dans le monde. Mais les concessions accordées ne suffisent pas, et le pouvoir ne sait pas toujours négocier un accord ménageant la paix et l'avenir. En Indochine, en Algérie, la France s'enlise dans des guerres dramatiques.
La Ve
République
1958 à aujourd'hui
Née d'une crise politique majeure, à l'ombre de la guerre d'Algérie et sous le signe du coup d'État, la Ve République s'est révélée d'une extraordinaire longévité. La Constitution établit un pouvoir présidentiel fort, durable, et dont la légitimité est accrue du fait que le président est élu au suffrage universel (à partir de 1962). Le général de Gaulle, président de la République de 1958 à 1969, gouverne avec une majorité de droite particulièrement stable. Mais la génération née après la guerre, qui n'a connu que la paix et la prospérité, a soif d'une société dont les idéaux ne se limiteraient pas à l'acquisition du confort matériel. La crise de mai 1968, suivie l'année suivante par le retrait du général, a des conséquences durables sur la mentalité des Français, prêts désormais à admettre la nécessité du changement. En 1981, l'élection d'un président socialiste, François Mitterand, répond au désir des réformes pacifiques et profondes, attendues notamment par la génération qui était trop jeune pour participer aux événements de 68 et qui subit les contrecoups d'une crise économique profonde. L'"alternance", c'est-à-dire la venue de la gauche au pouvoir, est perçue par certains comme le signe d'un bouleversement à venir. En fait, la modification de la société se fait de façon insensible. La France des années 80 puis 90 s'habitue à vivre sous le signe de l'austérité et apprend à se penser comme un pays de l'Europe.
Source: Mémoire de la France : des origines à l'an 2000, Paris, Larousse, 1996. 912 pages.