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LES TUMULI DE LA HAGUE Les tumuli de la Hague forment un groupe dense, homogène, presque tous situés à l'extrémité de la presqu'île, au-delà du Hague-Dick. Un rapide récapitulatif des travaux anciens donne un aperçu sur ces tumuli. Ceux de Jobourg ont été fouillés dès 1770 par M. de Beaumont et l'abbé Luce qui n'y trouvèrent que “des cendres et du charbon”. Au XIXe siècle, De Gerville en visite plus d'une vingtaine, qu'il nomme “tombelles”, “quelques-unes en pierre, beaucoup en terre”, d'un diamètre de 15 (un pied équivaut à 33 cm) à 100 pieds, d'une forme circulaire et aplatie. Le plus grand atteint 7 pieds de haut. Le groupe le plus nombreux regroupe une dizaine de tumuli dans la lande, “aux confins de Jobourg et de Saint-Martin d'Omonville. En 1810, Duchevreuil et De Gerville explorent un tumulus en pierre dans la cour d'Auderville et y trouvent une chambre carrée de 1 pied formée de quatre grosses pierres brutes ayant leurs faces murées intérieurement, une cinquième pierre les recouvrant. A l'intérieur de cette chambre, une aire constituée de sable de mer et de cailloux roulés, rien d'autre (Voisin rapporte qu'on y trouva des ossements calcinés par le feu). Dans la même commune, “entre l'église et le Clos Callet, on a trouvé plusieurs tumuli”. La même année, on cite l'existence d' "un seul tumulus “sur la croupe de l'anse d'Escalgrain” fouillé également. En 1820, dans la lande de Beaumont, à la Hougue de Branville, la fouille d'un tumulus en pierre de 60 pieds de diamètre sur un de haut a permis d'observer “une sorte de chambre formée de deux grosses pierres, des traces de combustion et un gragment de poterie grossière ainsi qu'un instrument en fer (épée ?)”. En 1821, un autre tumulus est signalé à Eculleville, dans le parc du chateau du Val Ferrand. Haut de 10 m, son diamètre est de 15 à 20 m. “En 1851, lande des Hougues, près de Beaumont, Lecarpentier ouvrit un tumulus dans lequel fut trouvée une épée en bronze de 40 cm de long pour 5 cm de large. A côté, on recueillit une dizaine de pointes de flèches en silex régulièrement dentées sur les bords. L'année précédente, on avait trouvé dans un autre tumulus, situé sur la même lande, de semblables objets (musée de Cherbourg).” “J'ai vu à Jobourg un groupe de onze tumuli. J'en ai vu quatre à Vauville dont un nommé la butte de César qui est fort gros. Il y en a trois à Beaumont, deux à Biville, dont un de figure ovale, un à Branville dans lequel on a, dit-on, trouvé des armes, un en pierre et considérable à Auderville, un à Eculleville, etc. On voit, dans la lande des Pieux, deux de ces tertres, un autre à Helleville, un autre nommé le Mont Frilleux entre Teurtheville et Sideville, un fort beau nommé La Grande Motte à Fierville, etc.” A Branville, “des armes auraient, parait-il, été trouvées dans un tumulus, fouillé nous ignorons à quelle époque.” Un certain nombre de ces tumuli est répertorié sur la carte d'état-major du XIXe siècle de la région (encadrés sur la fig.1 avec le Hague-Dick et l'allée couverte de Vauville). Quelques-uns sont encore visibles à Sainte-Croix-Hague (fig.2), Digulleville (fig.3) ou encore dans les landes de Vauville. L'ensemble de ces informations montrent d'une part la grande concentration de ces tumuli (même s'il ne faut pas prendre tout monticule pour un tumulus) dans la Hague et d'autre part que leur antiquité est à rechercher dans le néolithique final et à l'Age du Bronze. En 1962, les premiers travaux de construction du centre de retraitement des déchets nucléaires de la Hague a nécessité la fouille du groupe d'une dizaine de tumuli sur la lande de Jobourg, signalés ci-dessus par De Gerville au début du XIXe siècle et probablement “fouillés” par lui. En fait, il en existait encore 10 en novembre 1961, trois d'entre eux fortement ébranlés par l'occupant allemand,, trois autres fouillés antérieurement, les trois derniers apparemment intacts. Les diamètres de ces tumuli variaient de 9 à 17 m et leur hauteur de 0,3 à 2,10 m. Un seul tumulus put être fouillé entre novembre 1961 et mars 1962, le mauvais temps ne laissant aux fouilleurs que...13 jours. C'est R. Lemière, directeur de la Société Nationale des Sciences de Cherbourg, qui mena ces fouilles et en publia un rapport (comprenant un plan (fig.4) le 19 septembre 1962, en collaboration avec M. Bogard.. Les conclusions de ce rapport mettaient en relief l'exitence de fossés et de talus antérieurs à ces tumuli (un camp protohistorique assez vaste existait entre Jobourg et le Hague-Dick),et confirmaient la datation dont nous parlions ci-dessus. Très peu de matériel (essentiellement des éclats de silex) fut collecté. La structure interne laissait apparaitre des murettes dont le rôle n'a pu être clairement établi. Il ne fallut pas plus de quelques minutes aux buldozers pour rayer de la carte ces témoins vieux de près de 3000 ans. Ces structures sont tout-à-fait comparables aux tumulus bretons, datés du Bronze ancien, encore que leur richesse soit moindre (rareté du matériel lithique, pauvreté des structures internes, absence d'armes étudiables...) mais encore aurait-il fallu des fouilles complètes et plus nombreuses pour réellement pouvoir comparer. Pour les spécialistes, les tumuli bretons, normands, anglais forment un ensemble cohérent. Plus près de nous, mais à l'est du Hague-Dick, sur la commune de Beaumont, l'aménagement d'un carrefour a amené, dans les années 80, la fouille du tumulus dit de la “Fosse Yvon”. Là encore, les résultats furent décevants, dans la mesure où un four à chaux construit sur l'emplacement du tumulus avait bouleversé largement les structures. D'AUTRES TUMULI DANS LE DEPARTEMENT Le tumulus de Vierville se distigue des précédents par bien des points : sa localisation beaucoup plus septentrionale, à une dizaine de km au nord de Carentan ; son ancienneté, puisqu'il est daté du néolithqie moyen ; la qualité de sa fouille, une des rares scientifiquement menée. Découvert en 1826, le dolmen de la Butte, avait déjà livré à cette époque “beaucoup d'ossements” non brûlés et des débris d'armes. Six ans plus tard, ce furent huit médailles “de grand bronze” qui y furent recueillies. Ces vestiges, dont il ne reste rien, sont à rapporter à des époques postérieures à la construction du dolmen, nettement plus reculée. Fouillé depuis 1975, ce dolmen est en fait composé de 4 monuments juxtaposés (fig.5) : un cairn central circulaire contenant une chambre, dallée aux deux triers et s'ouvrant sur l'extérieur par un couloir d'accès ; deux structures symétriques, situées au nor et au sud, dénommées par les archéolgues “antennes”, dont la destination reste énigmatique ; une extension du cairn dans l'antenne sud et contenant une seconde chambre. Ces monuments, datés du néolithique moyen par le matériel trouvé, ont permis également une analyse pollinique qui a précisé l'environnement végétal à l'époque de la construction : le noisetier et le chêneii étaient les espèces dominantes et les fougères constituaient l'essentiel du paysage. L'ensemble est actuellement entièrement remblayé. D'autres tumuli ont été signalés dans le département mais le plus souvent, ils correspondent à des mottes féodales et n'ont donc rien à voir avec la préhistoire. Enfin, n'oublions pas qu'il est fort probable que les allées couvertes et dolmens décrits par ailleurs sur ce site étaient à l'origine recouverts d'un tumulus de terre ou de pierres, disparu avec le temps. |