Linguistique

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FICHES DE LINGUISTIQUE
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Le contexte sociologique du langage

Il y a une relation entre performances linguistiques et situation économique, sociale et culturelle. La façon d'aborder ce problème s'inscrit dans deux optiques :
le déficit linguistique des classes socialement défavorisées
les différences linguistiques selon les classes sociales

Ces deux approches tentent de cerner le système de code linguistique en relation avec le milieu. Le concept de déficit implique un jugement de valeur tandis que celui de différence n'en implique aucun.


Première approche (le déficit linguistique des classes socialement défavorisées)
Bernstein, socio-linguiste anglais des années 1970 (« Langage et classe sociale ») distingue :
une code élaboré (le code des milieux bourgeois)
un code restreint (le code des milieux ouvriers)

Pour caractériser ces deux codes, Bernstein utilise des indices :
longueur et complexité syntaxique des énoncés
richesse et variété du vocabulaire
fréquence des différentes personnes de la conjugaison

Dans le code restreint on emploie peu de personnes de la conjugaison, le vocabulaire est pauvre et les phrases sont courtes.
Avec Bernstein, on est dans une linguistique normative qui définit le bon et le mauvais langage. De plus, il  a un parallèle dangereux entre le code linguistique (sociolecte : type d'énoncé utilisé dans une communauté socialement définie) et les capacités cognitives (capacités mentales, intelligence). Ce qui peut mener à des conclusions douteuses car la forme de l'opération linguistique ne reflète pas les capacités intellectuelles.

Certains chercheurs dans la ligne de Bernstein ont compté le nombre de connecteurs logiques (marques de liaison) : pour eux un faible nombre de connecteurs logiques impliquerait un code restreint et donc une certaine déficience au niveau des connexions logiques intellectuelles.

Ex. : un enfant dit « Si tu prends mon vélo, je te donne une claque »
Un autre enfant dit « Tu prends mon vélo, je te donne une claque »
Le deuxième enfant n'emploie pas de connecteur logique pour relier les deux membres de la phrase, cependant, on ne peut pas dire pour autant qu'il ne fait pas l'opération mentale d'hypothèse. Donc cette théorie reposant sur les connecteurs logiques ne tient pas.


Deuxième approche : les différences linguistiques selon les classes sociales
C'est la vision notamment du linguiste américain Labov (« Sociolinguistique » , « Le parler ordinaire »). Les linguistes analysent chacun des codes dans leur cohérence respective. Ils ont montré que les différents sociolectes sont aussi riches les uns que les autres mais simplement avec des codes différents.
Mais alors pourquoi y a-t-il beaucoup plus de déficit scolaire chez les enfants des classes défavorisées ? Pour Labov cela s'explique par le fait que les usages linguistiques des différentes classes s'opposent dans une relation de dominé à dominant. Il se trouve que le langage de l'école et des média est celui des classes dominantes. Autrement dit, il n'y a pas une pauvreté linguistique inhérente au sociolecte mais il s'agit d'un rejet de ces codes linguistiques par les classes dominantes. Pour les linguistes, la non-hiérarchisation des sociolectes passe par une reconnaissance de la cohérence et de la richesse de chaque code. Les statistiques montrent chez les enfants de parents immigrés vivant en France que ceux dont les parents parlent leur langue maternelle à la maison ont moins de problèmes de langue que ceux dont les parents se forcent à parler français à la maison. En effet, les parents qui se forcent à parler français sont dans une situation de parler une langue étrangère. Ils sont souvent animés par un sentiment d'auto-dépréciation de leur propre langue. Dans ces conditions, l'enfant perçoit vite la différence entre le français parlé à la maison et celui parlé à l'école : il y a lors confusion sur la cohérence du système linguistique français. L'enfant n'arrive à s'identifier à aucun des deux codes. Quand on parle la langue maternelle à la maison , ce sont deux langues différentes : l'enfant acquiert vite les deux systèmes et les associe à deux situations différentes. L'enfant devient très vite bilingue.
Dans tous les pays colonisés et les pays où il y a différents dialectes il y a ces relations de langue dominante - langue dominée. Cette relation de force entre les langues reflète la bataille politique.