Polycopié fait à partir des cours magistraux de A. M. Bidaud, Professeur à l'université Paris X.
Ce polycopié n'est pas destiné à la vente et ne prétend en aucun cas remplacer les cours dispensés en amphithéâtre, c'est juste au nom de la solidarité et pour mieux assurer l'égalité des étudiants devant le service public de l'éducation qu'il a été réalisé.
Introduction : L'image l'emporte sur la réalité
Le rythme de la télévision (très rapide) influence celui des films au cinéma. Dans le cinéma américain, les bons sont en général grands avec des yeux et des cheveux clairs. Il existe à proprement parler une typologie et une présentation des acteurs. Par exemple la moustache ou la barbe sont associés à des personnages douteux (sauf si elles sont justifiées). Le blanc est la plupart du temps associé à l'innocence et le noir au péché, au mal. Le rouge, lui est connoté moralement (péché sexuel).
Il n'y a pas de neutralité de l'image, rien d'objectif. En général les reconstitutions historiques sont rarement des films impartiaux. Par exemple, sur la guerre de sécession, « the Birth of a Nation » de Griffith est un film à la gloire du Ku Klux Klan tandis qu'un film comme « Alamo » avec John Wayne a été fait pour créer un sentiment de patrimoine aux jeunes générations. On note en général une interaction constante entre l'époque représentée et l'époque du tournage.
Pendant longtemps, les Indiens ont eu une image négative dans le cinéma américain, puis plus tard elle est devenue excessivement positive. De même pendant longtemps on ne voit pas de pauvres au cinéma (à l'exception des films de Chaplin notamment). De plus le cinéma hollywoodien n'est pratiquement jamais réaliste, on a l'impression que la réalité y est toujours une réalité fabriquée, construite de toutes pièces.
Qui est responsable du contenu des films ?
La théorie des auteurs (selon laquelle le cinéaste a un statut équivalent à celui de l'auteur d'un livre) n'est quasiment pas valable aux Etats-Unis. En effet, le responsable d'un film n'est pas le réalisateur : le réalisateur n'est qu'un des maillons de la chaîne. Les producteurs (les « Studios ») choisissent un sujet, achètent une histoire, des acteurs et un réalisateur. Le réalisateur n'a donc pas de liberté de choix comme dans le cinéma européen sauf le cas de certains réalisateurs d' Hollywood qui sont leurs propres producteurs et font du cinéma d'auteur - comme C. Chaplin ou encore Orson Welles qui a obtenu le statut d'auteur avec la sortie de « Citizen Kane » en 1941.
Pourquoi l'emprise du cinéma est-elle si forte aux Etats-Unis ?
En 1962, le sociologue Daniel Boorshin a publié une étude intitulée « the Image » dans laquelle il démontrait qu'aux Etats-Unis, les gens présentaient une sorte de préférence pour l'image (le mythe) plutôt que la réalité.
Son analyse cite par exemple W. Harison, candidat à la maison blanche en 1840 qui, dans l'espoir d'être élu s'était fabriqué un passé de prisonnier. L'histoire des Etats-Unis regorge de tels exemples de mystification de la réalité. Ex. : Buffalo Bill a créé un immense spectacle reconstituant l'histoire du « Wild West » en la truquant. Quand le cinéma s'est implanté aux Etats-Unis, il n'y avait pas de tradition de théâtre populaire (comme on pouvait en voir en France), le théâtre était réservé à l'élite. Donc le cinéma n'a pas été handicappé par le théâtre aux Etats-Unis. Il y avait également une forte tradition anti-intellectualiste aux Etats-Unis, tradition contre tout ce qui était considéré comme « arty ». Le cinéma est fait pour les foules. Dans « JFK » (1990), Oliver Stone mêle les images d'archives aux images de fiction. Zanuck, réalisateur de « the Longest Day » (1962) est venu aux 40 ans du débarquement et a été mis au même rang que les militaires seulement parce qu'il avait fait un film. L'acteur Ronald Reagan s'est présenté à la présidence du pays, et la rediffusion de ses films a été interdite car comptée dans son temps d'antenne. Au début des années 80, un sondage montrait que E.T. était plus connu des américains que le vice-président de l'époque (Bush).
L'image semble donc bien avoir plus de crédibilité que le réel dans la culture américaine.
Premier thème :
Qu'est-ce que l'idéologie et
qu'est-ce que le rapport à l'idéologie ?
I- Qu'est-ce que l'idéologie ?
Pendant des siècles, ce terme était négatif, mais il a évolué. Depuis les années 1930 et 40 c'est un concept neutre tel qu'on l'utilise en sciences humaines, sociales et politiques. Ce fut un terme péjoratif pendant longtemps parce qu'il était synonyme de systèmes mystificateurs pour tromper, manipuler. L'idéologie est toujours celle de l'adversaire. On retrouve même cette définition négative dans le marxisme (cf. l'idéologie allemande).
La seconde interprétation qui a limité son utilisation définit l'idéologie comme un système d'idées. Mais aux USA elle s'exprime de façon tout à fait différente. La définition la plus reconnue internationalement est celle du philosophe néo-marxiste Althusser : « une idéologie est un système (possédant sa logique et sa rigueur propres) de représentation (image, mythe, idée ou concept) doué d'une existence et d'un rôle historique au sein d'une société donnée ». Un système est un ensemble clos qui a une structure et l'idéologie a changé dans le détail de sa composition. Cette définition est neutre et inclut l'image et le mythe qui ne restreignent pas l'idéologie.
| II- L'idéologie américaine |
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Le rêve américain, synonyme de l'idéologie américaine |
L'interprétation de l'American Dream est retrouvée très fréquemment dans la culture américaine (cf. « I have a dream » de M. Luther King). Ce rêve américain implique un idéal de construction, d'avenir, il y a toujours l'idée d'un projet. Quand on critique cette idéologie on se place dans la même époque mais on parle de cauchemar (i.e. non accomplissement de cette idéologie) ; ex : l'écrivain Henry Miller redécouvre les USA au début des années 40 et il en fait un constat désabusé dans « the air-conditioned nightmare ».
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Le recours au mythe |
Les américains ne perçoivent pas leur histoire d'un point de vue factuel mais comme une série de mythes. Ils représentent un pays récent qui n'a pas de mythe des origines, ainsi ils s'inventent des mythes tournant autour du pays en lui-même, de la relation individu-société et du rôle des Etats-Unis dans le monde.
Ex. : - the pilgrim fathers : en 1620, les pères pèlerins arrivent au Massachussetts (à bord du Mayflower) : mythe de la terre promise
- le mythe du nouvel Eden : au milieu du 19e siècle, l'écrivain Américain Walt Whitman présente les Américains comme les représentants d'une nouvelle race humaine.
- the land of plenty (la terre d'abondance) qui nourrissait l'émigration (mythe lié au pays)
- the melting pot, the self-made man, the common man (mythes liés à la relation individu-société)
- the manifest destiny, the mission : les Etats-Unis avaient comme destinée évidente de développer la démocratie en-dehors de leurs frontières, notamment au Mexique (cf. doctrines Monroe puis Truman), ils sont censés représenter ce qu'il y a de mieux sur le plan économique et politique. En 1900, le sénateur Beveridge fait une déclaration intitulée « Savage and Senile peoples » ; il veut étendre son gouvernement à ses gens.
Ce ne sont pas des théories élaborées mais elles s'appuient sur des faits historiques. Les héros de ces mythes ont un statut de demi-dieux (d'où l'importance de la dimension physique, comme la taille des héros par exemple). Les américains n'interprètent pas leur histoire d'un point de vue évènementiel mais comme un cycle (grandeur et décadence) inspiré du modèle de l'empire romain.
Le film de K. Vidor « the Fountainhead » (1949) par exemple, insiste sur cet aspect d'exceptionalisme.
The American Way Of Life
Leur idéologie s'exprime par une pratique, un mode de vie, mais the American way of life dépasse cette dimension concrète. Pour les Américains, étaler sa richesse est normal car il faut prouver qu'on a réussi. Ceci est remarqué dès la fin du 19e siècle par des sociologues Américains, notamment T. Veblen dans « Conspicuous consumption, conspicuous waste » (la consommation ostentatoire et le gâchis ostentatoire
y compris le gâchis de l'environnement car les Américains ont tendance à penser qu'ils ont tout à leur disposition).
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Le rapport à la religion |
L'idéologie fait toujours appel à la croyance (cf. « Young Mister Lincoln » de Ford -1939- où l'on peut voir des images prophétiques de son avenir et de sa mort). La religion est complètement impliquée dans l'idéologie américaine.
Ex. : il y a eu un concours pour lequel il fallait définir l'idéologie et les croyances de base américaines, la lettre qui l'a emporté s'appelle « the American Creed » et commence par « I believe in
».
Il y a une dimension sacrée conférée aux institutions. Dans les Westerns notamment, le maintien de l'ordre (law and order) est un concept très présent. Les Américains se sont comparés au peuple hébreu et à la servitude en Egypte : l'indépendance équivalait à la sortie d'Egypte et les chefs ont souvent été comparés à Moïse.
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Conclusion sur l'idéologie américaine |
Pendant très longtemps à Hollywood on a prétendu qu'il n'y avait pas d'idéologie. En 1967, John Ford a supervisé un ensemble de films que le gouvernement américain avait réalisés pour justifier la guerre du Vietnam et il a déclaré « je suis américain, je suis apolitique ».
Dans le cinéma hollywoodien, il y a tout un ensemble de films qui abordent les idéologies mais qui considèrent qu'il n'y en a pas. Les producteurs ont décidé qu'il n'y avait pas d'idéologie, leur grande parade était de dire que le cinéma n'est que du divertissement (entertainment). Cela a été systématisé en 1915 par un arrêt de la Cour Suprême qui a statué sur la question et déclaré que le cinéma était « exclusively for entertainment and profit », c'est-à-dire une attraction de foire. Il faudra attendre 1952 pour que le cinéma se voit accorder le statut de « mass media ».
On s'appuyait sur la conception populaire du film et on partait du principe que l'âge mental moyen du spectateur était de 12 ans.
Ex. : M. Leroy critiquait très fortement au début des années 50, k'adaptation cinématographique de pièces du style « Electre », en disant que ce n'était pas fait pour le grand public. L'idéal du cinéma américain était une évasion : faire rêver le spectateur.
En 1952, la Cour Suprême décida que le cinéma faisait partie des « mass media »
c'est-à-dire par conséquent que le cinéma est protégé par le « Bill of Rights » (le premier amendement sur la liberté d'expression). L'idéologie américaine n'est pas absente au cinéma mais elle est invisible car elle utilise les mêmes canaux de transmission. Au cinéma, l'idéologie sera immédiatement perceptible, mais l'idéologie américaine s'exprimait comme un rêve : elle ne se voit pas mais elle est là. L'idéologie s' exprime comme une pratique (taille des personnes, couleur des cheveux, des yeux
) : tout cela est porteur d'idéologie même si les gens n'en sont pas conscients.
III- Les idéologies transmises par le cinéma américain
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L'idéologie comme fonction de ralliement |
Elle rassemble la population autour d'un système de valeurs. Elle permet d'unifier la population malgré sa disparité d'origine.
2) L'idéologie comme fonction de désignation
Elle critique ou désigne des adversaires communs. Pour désigner ou glorifier les idéologies américaines on se sert d'icônes nationaux (le drapeau, l'hymne
). Le drapeau est omniprésent dans le cinéma américain ; il symbolise l'unité nationale. Dans les années 1910, un film (court-métrage) est consacré à l'histoire du drapeau. On a aussi des représentations et des évocations discrètes des lieux consacrés du pouvoir.
Ex. : le capitole, le Lincoln Memorial, le Washington Memorial (cf. notamment « Mr Smith goes to Washington » de F. Capra -1939).
En 1939, le message idéologique s'adresse d'abord aux américains, mais aussi au monde. Les Etats-Unis sont présentés comme un bastion de la démocratie. Dans le film précité, James Stewart incarne Mr Smith, un jeune sénateur venu de l'ouest
il y a une séquence où Mr Smith voit le capitole et tous les hauts lieux de la capitale.
Il y a aussi eu beaucoup de représentations du président. Jusqu'au début des années 1990, les images du président sont presque toujours consensuelles. Après le début des années 1990, les films sont en général beaucoup plus critiques.
Ex. : « Absolute Power » où le président est incarné par Clint Eastwood, « Mars Attacks » avec Jack Nicholson dans le rôle du président.
Avant, le président était présenté comme au-dessus des partis, il était l'émanation du peuple, le self-made man (Lincoln est le président de référence, privilégié pour l'idée que n'importe qui peut devenir président, ce qui est l'essence même de la démocratie). Il y a également des films de fiction avec des présidents fictifs qui montrent que le président est le dernier arbitre qui veille sur la sécurité du monde.
Ex. : « Seven days in May » de J. Frankenheiner (1964-65)
Il y une obsession dans l'opinion américaine : que se passe-t-il quand il y a vacance du pouvoir ? (cf. assassinat de Kennedy). Six films portent sur une tentative de coup d'état où un général cherche à prendre le pouvoir car il trouve le président trop faible. Le président va contrecarrer cette tentative (ce qui rassure les gens).
Ex. : « the Best Man » de F. Schaffer (1965)
Le président doit être une personne intelligente mais pas trop intellectuelle. Dans ce film, le candidat à lunettes n'est pas choisi : l'élu doit être un homme d'action, plus cynique, plus dans la réalité. Dans les années 1960, le cinéma underground véhicule une image négative présentant les présidents comme des imbéciles.
Ex. : président joué par un nain, un mongolien
On note maintenant un certain déclin de l'admiration du pouvoir.
3) Comment Hollywood dénonce les idéologies étrangères
Ex. : la révolution au Mexique. Il y a un vieux contentieux entre Etats-Unis et Mexique aggravé par le développement de mouvements révolutionnaires.
Ex. : « Viva Villa » de K. Walsh (1934), « Viva Zapata » de E. Kazan (1952)
Dans « Viva Villa », Poncho Villa est présenté comme une espèce de brute alcoolique, mégalomane, manipulateur, agissant par ambition personnelle. Dans « Viva Zapata », tout est traité de façon nuancée : le personnage est tenté par le pouvoir et il a pour ambition de grimper dans l'échelle sociale. La morale est que le pouvoir corrompt. Ceci encourage à un statu quo et veut prouver que le Mexique n'est pas un pays démocratique.
Ex. : « Topaz » de A. Hitchcock, film sur Cuba.
L'image de la révolution cubaine ne sera jamais positive. L'intérêt est de connaître les procédés par lesquels on discrédite. Ici l'homme qui représente le castrisme est un homme à la gâchette facile qui essaie de violer des femmes et a le teint mat.
Le cinéma hollywoodien dénonce aussi l'idéologie soviétique.
Ex. : « Silk Stokings » (1957) où une femme change d'idées politiques grâce aux bas de soie.
Toutes ces dénonciations des idéologies étrangères sont faites pour valoriser l'idéologie américaine.
4) L'individualisme
i.e. la conception que l'individu est supérieur en intelligence, en dignité à la masse, au groupe.
L'essai d'Emerson sur la « self-reliance » dit que c'est sa propre conception des choses qui doit l'emporter. L'individualisme est lié à la tradition populiste. L'individu a le droit de lutter contre tout un ensemble de forces qui l'oppriment. L'individualisme est une coupe sacrée dans l'idéologie américaine.
Ex. : « the Fountainhead » de Vidor (1949) : durant le procès, le héros fait un plaidoyer populiste pour défendre sa position.
5) Une autre composante : le « self-made man »
En théorie, les classes sociales sont souvent souples aux Etats-Unis pour qu'il n'y ait pas de barrière infranchissable. Ce qui permet de mettre le self-made man en valeur est de comparer sa situation actuelle avec sa situation de départ.
Ex. : « An American Romance » de K. Vidor (1942) ou « America America » de E. Kazan (1963)
Ces deux films parlent de l'immigration. Celui de Vidor traite de l'ascension sociale d'un immigrant tchèque qui n'a pas un sou mais reste souriant. Ce film est une glorification de l'esprit d'entreprise et du courage. Tandis que le film de Kazan met en scène un jeune immigrant grec, film beaucoup plus nuancé et beaucoup moins optimiste.
Le film « Tucker » de F.F. Coppola raconte l'histoire d'un homme d'affaires inventeur d'automobiles mais bloqué par les autres industries.
Pour ce qui est de la self-made woman, Horatio Alger a créé un style de littérature avec toujours un système manichéen : pour la femme, la réussite passe par une histoire d'amour (ex. : « Sabrina » de Wilder ou « Pretty Woman » de Marshal).
6) La glorification du common man
Le common man, c'est l'Américain moyen, l'Américain de base. Il apparaît par la négative, i.e. il s'agit de donner un modèle qui n'appartient pas à l'élite. Celui qui sauve la communauté est un homme commun, le « common man » est le justifier qui va rétablir l'ordre. Cette orientation est délibérée.
Ex. : « Fury » de F. Lang (1936)
Dans son film Fritz Lang raconte le lynchage d'un homme blanc. Au départ, il avait choisi pour héros un avocat. Mais les producteurs sont intervenus, considérant qu'il n'était pas possible de faire du héros un avocat. Le héros sera donc un garagiste, ce qui insiste sur son côté ordinaire auquel le public doit s'identifier.
7) La réussite et le bonheur
L'un des trois droits fondamentaux reconnus dans la déclaration d'indépendance est « the pursuit of happiness » qui se manifeste d'abord par la consommation. La consommation est un devoir pour qui veut prouver sa réussite. La consommation naît dans les années 1920 et la presse s'en fait le relais.
Ex. : Dans « It happened one night » (1934) on voit l'acteur principal se déshabiller et il n'a pas de gilet de corps. La vente de gilets de corps est ensuite tombée de façon dramatique car les images furent amplifiées par le marketing hollywoodien.
Ex. : les produits dérivés ont commencé avec « Frau White » (1937)
les stars ont joué un rôle de relais.
8) L'entreprise esthétique, également très porteuse d'idéologie
Les procédés techniques ne sont jamais neutres.
a) L'intensification de la vie
Il s'agit d'éliminer tout ce qui peut paraître long et monotone, d'insister sur l'action pour ne pas ennuyer le spectateur. Ceci donne une impression de densité dans la vie des personnages.
Andy Warhol a réalisé des films dans les années 1960 (cinéma underground) dans lesquels il prenait le contre-pied de la tendance hollywoodienne : il montrait des gens en train de faire leur toilette
b) L'embellissement de la réalité
Hollywood donne une vision cosmétique de la réalité et le genre le plus significatif est la comédie musicale. On travaille sur les visages, le maquillage, notamment dans le Star System. Il y a toujours une beauté et une qualité exceptionnelles du cinéma hollywoodien.
c) La construction des fictions éliminant le hasard, l'imprévisible, l'aléatoire
On appelle cela les intrigues de prédestination, avec un enchaînement logique et une impression de contrôle de la réalité.
Ex. : « From here to eternity » (« Tant qu'il y aura des hommes ») de F. Zinnermann : l'histoire se passe à Hawaï au début des années 1940, et à la fin du film on voit un calendrier marquant le 6 décembre 1941 (la veille de l'attaque de Pearl Harbor).
Un des plus grands indices est la typologie : par exemple le blond est gentil et le brun est méchant.
Ex. : Dans « Scarface » de H. Hawks (1932), le gangster est voué à la mort.
d) La musique
Certains types musicaux, sonorités ou mélodies sont associés à telle ou telle situation. Souvent le thème musical précède la séquence.
e) L'effacement du biologique
Hollywood part du principe que tout homme est libre de sa vie, donc toute hérédité est effacée.
Ex. : « Human Desires », « La bête humaine » : deux films adaptés du roman de Zola. Dans la version américaine, la trace héréditaire de l'alcoolisme est complètement effacée car ce serait une vision trop pessimiste du monde.
De plus, tout ce qui est lié au corps (notamment le vieillissement et la mort) est éludé. Jusque dans les années 1960, Hollywood faisait jouer les rôles de personnes âgées par des acteurs jeunes grimés, ce qui enlevait la fatalité. De même, pendant longtemps, la mort était présentée de façon stylisée, comme une sorte d'apothéose religieuse.
Ex. : « Wuthering Heights » de W. Wyler (années 1930)
l'héroïne meurt sur une musique très douce.
Ces procédés vont être remis en question à partir des années 1960. Ex. : R. Altman et R. Hellman vont faire des films différents pour casser cette vision hollywoodienne. Ils veulent réintroduire les notions de hasard et d'imprévu.
Ex. : « Heaven's Gate » (1980) : le film est très elliptique, il y a un saut dans le temps de vingt ans, ce qui a dérangé tout le monde. En réalité, le cinéma hollywoodien rejette toute obscurité dans la réalité.
9) La typologie des acteurs et le Star System
La typologie suit un schéma très souvent manichéen et place les individus dans des catégories très primitives. Avant on trouvait cette tradition dans le mélodrame. Le Star System a permis de fixer cela :
Ex. : Mary Bickford <=> Theda Beva
Douglas Fairbank <=> Charles Chaplin
(héros positifs) (héros négatifs)
D'un côté on a la jeune fille pure, chaste, innocente et le jeune homme fougueux, courageux, plein d'élan. De l'autre on a la brune orientale, sensuelle (associée à la mort des hommes) et le vagabond qui n'aime pas travailler et qui aime boire.
C'est un découpage de l'humanité selon un système binaire : le bon et le mauvais (ce découpage dura jusqu'aux années 1960). Il y a derrière ce découpage, un désir de rassurer les spectateurs. Ils peuvent savoir à l'avance qui est bon et qui est mauvais.
Ex. : Les personnages anguleux sont négatifs (Cruella). Les personnages dodus sont aimables et gentils.
En 1945, une revue, « Photoplay », avait classé les femmes en 6 catégories, représentées chacune par des stars de l'époque. C'est-à-dire qu'on avait ainsi réduit l'humanité à un certain nombre de repères fixes.
Pour casser cela, Hollywood a créé des catégories intermédiaires comme par exemple le « good bad boy » (ex. : hors la loi qui finit par aider la société) et la « good bad girl » (ex. : la prostituée au grand cur ). Mais la vraie complexité ne se trouve jamais complètement à Hollywood, à part dans les films noirs ou les films plus récents.
10) L'utilisation des stéréotypes
LE stéréotype est un cliché mental, une association toute faite entre une catégorie de gens et une image. On utilise pour définir l'autre, l'ennemi, l'adversaire les deux registres émotionnels principaux qui sont le mépris et la peur. Les catégories ethniques sont souvent définies par des stéréotypes :
- les africains-américains : il existe une production de films marginale réservée aux noirs, mais dans le cinéma pour blancs, les personnages noirs ont longtemps été joués par des personnages blancs grimés en noirs (cf. « the Birth of a Nation » de Griffith -1916- et « the Jazz Singer » -1927-). Puis on vit petit à petit des acteurs noirs, mais en général réduits à des rôles limités et à des stéréotypes comme l'Oncle Tom, le Sambo (bête et toujours souriant, gentil, qui passe son temps à chanter et à danser), la Black Nanny (nounou corpulente désexualisée), le Black Buck (l'étalon noir qui essaie de violer les femmes blanches), la Black Mulato (mulâtre noire, attirante, belle, mais exclue du monde blanc et vouée à la solitude ou à la mort). Il était impensable de les voir jouer le rôle de médecins ou d'enseignants.
A la fin des années 1960 et au début des années 1970, un courant a mis les noirs à la mode : la Blaxploitation. Depuis les années 1970, il y a eu de grandes avancées : on ne retrouve plus ces stéréotypes mais des portraits beaucoup plus nuancés de la communauté noire.