GEORGES ENESCO
OEUVRES
PUBLIÉES AUX ÉDITIONS SALABERT
WORKS
PUBLISHED BY EDITIONS SALABERT
VERÔFFENTLICHTE WERKE BEIM
MUSIKVERLAG SALABERT
avec des textes d' Antoine GOLEA et Costin MIEREANU
( vérsion francaise )
I. Oeuvres pour orchestre - Works for orchestra - Orchester Werke
OUVERTURE DE CONCERT Op 32 en la maj sur des thèmes dans le
caractère populaire roumain (1948) L
3.3.3.3. - 4.4.3.1, timb., batt., cel., gîock., piano, hpe,
cordes.
Durée 9 minutes.
Création : 23 janvier 1 949, Washington, direction G. Enesco.
SUITE N0 2 pour orchestre Op. 20 en ut maj. (1 9 1 5> I
i. Ouverture - il. Sarabande - III. Gigue - IV. Menuet grave - V.
Air -
VI. Bourrée.
3.3.2.2. - 4.2.3.1. - timb., batt. (3>, hpe, piano, (glock.> cordes.
Durée : 30 minutes.
Création : 9 avril 1 9 1 6, Bucarest, direction G. Enesco.
SUITE N0 3 pour orchestre op. 27 en ré maj. "Suite Villageoise".
1937-38> I
I. Renouveau champêtre - Il. Gamins en plein air - III. La
vieille maison de l'enfance au soleil couchant... - IV. Rivière
sous la lune - V. Danses rustiques.
3.3.3.3. - 4.3.3.1. - timb., batt., glock., piano, hpe, xyi., cel.,
cordes. Durée : 26 minutes.
Création : 2 février 1 939, Orchestre Philharmonique
de New-York, dir. G. Enesco.
SYMPHONIE N02 Op. 17 en la maj. (1912-1914> I
3.3.4.3. - 4.3.3.1. - timb., batt., cel., hpe, piano, harmonium,
cordes.
Durée : 40 minutes.
Création : 29 mars 1 9 1 5, Bucarest, direction G. Enesco.
SYMPHONIE N0 3 Op. 2 1 pour voix, choeur et orchestre (1 9 1 6-1
9 18, nouvelle version en 1921>. I4 fi. <.3 et 4 jouant aussi petite
flûte I et il>, 4 Htb. <3e et 4 - aussi C.A.> I et Il> 3 Cl. Sib
<3e - aussi petite Cl. en mib>, i cI basse <sib>, 4 Bassons <4e
- aussi Contrebasson> - 6 cors chromatiques <Fa>, 3 trp. chrom. <ut>,
petite trp. <Ré>, 2 cornets à pistons <Sib>, i trb.
à pistons, 3 trb.ténors, i trb. basse, i tuba ténor
<Sib>, i tuba ténor <Fa>, i tuba basse
-Timb. <2 paires chrom.>, batt. <6>: i triangle <+ crécelle,
+ sonnette>,i tambour <+ tamb. de basque>, i paire de cymb. <+ Tam-tam>,
i grosse Caisse <+ Castagnettes>, i xylophone <+ cloche en fa# et
Machine à tonnerre>, i glockenspiel <célesta> - piano,
2 harpes, i orgue <ou harmonium> - choeurs : Soprani, Contraltos <Si
possible des voix de jeunes garçons>, Ténors, Basses - Cordes:
20.18.14.12.12.
Création : 25 mai 1919, Bucarest, dir. G. Enesco 192 1, Paris,
Concerts Colonne, dir. Gabriel Pierné.
VOX MARIS Op. 31, pour choeur et orchestre <poème symphonique>.
<1929-posth.> L
4.4.4.4.-6.4.3.2. - trmb, batt. <3>, 2 Hpes, piano, cordes. Durée
: 20 minutes environ.
Création : 10 septembre 1964 à Bucarest, Orch. de
la Radio Roumaine, dir. losif Conta.
Il. Oeuvres dramatiques - Stage works - Bùhnenwerke.
OEDIPE
Tragédie lyrique en 4 actes <6 tableaux> sur un livret
d'Edmônt Fleg. L0 op. 23 <1910-1931> L
OEdipe <baryton basse>, Tirésias <basse>, Créon,
<baryton>, le berger <ténor>, le grand prêtre <basse>,
Phorbas <basse>, le veilleur <basse>, Thésée <baryton>,
Laios <ténor>, Thébains <choeur T.B.>
Jocaste <mezzo-soprano>, la Sphinge <contralto>, Antigone
<Soprano>, Mé-ope <mezzo-soprano>, une Thébaine <contralto>,
Petits rôles et figuration
Orch. : 4.2<+i>.2<+1+1>.2<+1> - 4.2.2.1. timb., bat., 2
harpes, cordes. Durée: Soirée.
Création : 13 mars 1936 à l'Opéra de Paris,
dir. Philippe Gaubert.
III. Oeuvres pour ensemble instrumental - Works for instrumental ensemble
- Werke fûr Instrumentalensemble.
DIXTUOR en Ré majeur, Op. 14 pour instruments à
vent. <i 906> L
2.2<CA>.2.2.-2.0.0.0.
Durée : 26 minutes.
Création : i 2 juin i 906, Paris.
INTERMEZZO en Ré majeur op. 12 pour cordes L SYMPHONIE DE
CHAMBRE op. 23 pour douze solistes <1954> V,L
I. Molto moderrrato - Il. Allegro moto - III. Adagio - IV. Allegro
molto
moderato.
1 1 .CA. 1.1.-i .1 .0.0. - piano, violon, alto, violoncelle, contrebasse.
Durée: 1 6 minutes.
Création : 23 janvier 1 955, Paris, direction Fernand Oubradous.
IV. Oeuvres instrumentales - Instrumental works -lnstrumentalwerke.
1. Pour piano - For piano - fùr Piano forte.
PRELUDE ET FUGUE <1898) V
SONATE en Ré majeur, Op. 24 N0 3 <1933-34> V
Création : 6 décembre 1938, Paris, Salle Gaveau, par
Marcel Ciampi.
SUITE N0 3 en Sept parties Op. 18 <Pièces impromptues>.
V
Création : 13 février 1959, Bucarest, par Ion Filionescu
<diffusion radio-
phonique>
2. Musique de chambre - Chamber music - Kammermusik.
QUATUOR N0 1 en Ré majeur Op. 1 6 pour piano, violon, alto
et violon-celle. <1909> V
Création : 1 8 décembre 1 909 à Paris.
QUATUOR N0 2 en Ré mineur Op. 30 pour piano, violon, alto
et violon-celle. <1943-1944> V
Durée : 29 mn environ.
Création : 3è octobre 1 947 à Washington. V
QUATUOR à CORDES en Mi bemol majeur Op. 22 N0 1 <1921>
V
Durée : 42 mn environ.
Création: mai 1 92 1 à Bucarest, 1 9 octobre 192 1
à Paris, Quatuor Flonzaley. QUATUOR à CORDES en Sol majeur
Op. 22 N0 2 <1951> V Création : 7 février 1 954 à
Boston, Fondation Coolidge.
QUINTETTE en la mineur Op. 29 pour piano, deux violons, alto et violon-celle.
<1 940> V
Création :1 964 à Bucarest
SONATE en Do majeur Op. 26 N0 2 pour piano et violoncelle, dédiée
à
Pablo CasaIs <1935> V
Durée: 28 mn environ.
Création : 4 mars 1 936 à Paris par Diran Alexanian
et G. Enesco.
SUITE Op. 28 pour violon et piano <« Impressions d'enfance»)
<1940> V
Durée : 22 mn environ.
Création : 22 février 1 942 à Bucarest par
G. Enesco et D. Lipatti. V. Musique vocale - Vocal Music - Vokalmusik.
SI J'ETAIS DIEU pour voix et piano, sur des vers de SuIIy Prud'homme
V
DOINA pour chant, alto et violoncelle sur des vers populaires roumains.
(1905) V
Création 26 mai 1 956, Bucarest.
14 MELODIES sur des poêmes de Carmen Silva. (1898-1936)
I. Zaghaft (baryton et piano) (1898) - Il. Armes Mgdlein (Soprano
et piano) (1898) - 111. Junge Schmerzen (mezzo Soprano, basse et piano)
(1 898> - IV. Der Schmetterlingskuss (baryton et piano> (1 898) -
V. Reue (voix et piano> (1898> - VI. Schlaflos (voix et piano> (1898)
-VII. Frauenberuf (voix et piano) (1898) - VIII. Waldgesang (choeur mixte
a capella) (1898) - Ix. Maurerlied (chant et piano> (1899> - x. Kônigs-husarenlied
(chant et piano> (1899) - Xl. Die Kirschen (Soprano, baryton, violoncelle
et piano> (1 904) - XII. Entsagen (voix et piano> (1 907) -XIII. Morgengebet
(voix et piano) (1 908) - XIV. Regen (chant et piano) (trad. fr. de G.
Enesco) (1903/1936)
QUATRE MELODIES Op. 19 sur des poèmes de Fernand Gregh. (voix
et
piano> (1902-1916) V
1. Pluie ("La beauté de vivre"> (1 9 1 5>
2. Le Silence musicien ("La Maison de l'Enfance"> (1915)
3. L'ombre est bleue ("La Maison de l'Enfance"> (19 16)
4. De la flûte au cor ("La Maison de l'Enfance"> (1 902)
VI. Divers - Miscellaneous - Verschiedenes
CADENCE - violon seul (pour le Concerto violon et orchestre de Brahms>
V
Isaac Albeniz RAPSODIE ESPAGNOLE pour piano et orchestre (orches-tration>.
L
2. Picc. 2.CA.2.2. - 4.2.3.1. - Timb., batt. (2>, harpe, cordes.
Durée 1 2 minutes environ.
Création : S février 1 9 11, Paris, Concerts Colonne,
dir. Gabriel Pierné,
Alex Ribo, piano.
AUTRES CEUVRES - OTHER WORKS - ANDERE WERKE
Editeurs : Enoch, Paris - ESPLA, Bucarest - Bibliothèque
musicale roumaine, Bucarest - revue "MUZICA", Bucarest - Boosey & Hawkes,
Londres.
V partition en vente
L matériel et p.o. en location.
GEORGES ENESCO
UN GRAND INCONNU
par Antoine Golea ( 1980)
Lorsque, à la fin du mois de septembre 1945, Bêla Bartok mourut
à New York, c'était un inconnu du grand public musical
seuls les mélo-manes versés dans la musique alors contemporaine
savaient de qui il s'agissait. Un an après sa mort, le jeune Quatuor
Vegh osa donner à la salle Gaveau à Paris, l'ensemble de
ses six quatuors à cordes, en deux séances, et ce fut comme
un immense coup de foudre : du jour au lendemain, Bartok devint célèbre,
et cette célébrité n'a cessé de s'étendre
depuis. Aujourd'hui Bartok est sans doute le compositeur le plus célèbre
et le plus joué de la musique moderne.
Dix ans après Bartok, en mai 1955, Georges Enesco mourait à
Paris. Célèbre comme violoniste jusqu'à la guerre
de 1940-45, il était aussi peu connu que Bartok comme compositeur.
Aujourd'hui, seules les vieil-les générations se souviennent
encore du violoniste le compositeur est resté aussi peu connu
qu'il l'était dans l'année de sa mort.
Et pourtant, il faut le dire, le souligner, y insister, Enesco est, au
ving-tième siècle, un compositeur aussi grand, aussi important
que Bartok. Le moment viendra-t-il ou' il sera aussi célèbre
que Bartok ? C'est un mys-tère difficile à percer; ce qui
est certain, c'est que le quasi-anonymat 0<) le compositeur persiste
est d'une injustice criante, scandaleuse.
Le parallèle entre les deux maîtres s'impose, malgré
les différences de style et de langage entre les deux. Non seulement
sont-ils nés dans le même pays, la Transilvanie et la
Roumanie, mais les racines fondamentales de leur art plongent dans les
mémés terres, celles d'une musique popu-laire toujours vivante
depuis des siècles, que l'un et l'autre ont contribué à
refaire fleurir.
Si Bartok part de Richard Strauss pour en venir à la sève
originale de la musique hongroise et roumaine, Enesco surgit de la musique
française d'un Fauré et d'un Debussy pour se ressouvenir
de la musique de son pays, la Roumanie, 0u elle n'avait jamais cessé
de vivre, grâce au jeu des tziganes violoneux, que le garçon
né dans la campagne moldave avait pu entendre dés sa prime
jeunesse, et dont il imitait le chant sur un violon dont il avait lui-même
monté le chevalet et les cordes.
Il donnait tous les signes du violoniste génial qu'il allait
devenir; aussi bien, dès sa septième année, sur les
instances de son premier professeur, Edouard Caudella, son père
l'envoya à Vienne, puis à Paris, ou il fut l'élève
de Marsick, de Massenet et de Fauré pour la composition.
La France, Paris devinrent la patrie spirituelle et musicale d'Enesco.
Il n'avait pas encore vingt ans, lorsqu'il composait des premiers chefs-d'oeuvres;
le POEME ROUMAIN pour orchestre, créé par Edouard Colonne
le 6 février 1898, au cours d'un concert où une symphonie
de Schumann, le Concerto pour violoncelle de Saint-Saens et, le troisième
acte de Siegfried de Wagner, dans la traduction française d'Alfred
Ernst, figuraient au programme. Enesco avait 17 ans.
L'autre oeuvre capitale de la jeunesse d'Enesco, l'OCTUOR pour cordes,
composée la même année que le POEME ROUMAIN, dut attendre
onze ans pour être créée à Paris, par les quatuors
réunis Geloso et Chailley, le 18 décembre 1909. Dix ans plus
tôt, Colonne avait commencé à la répéter
avec des membres de son orchestre, mais l'avait abandonnée en route,
effrayé par ses audaces polypnoniques. Ces audaces polyphoni-ques
allaient émailler toute la carrière du compositeur Enesco,
mais contrairement à la polyphonie de Bartok, d'une complexité
sauvage et touffue, celle d'Enesco allait toujours demeurer d'une clarté,
d'une trans-parence que j'oserais appeler latine.
C'est d'un an seulement après la création de l'OCTUOR que
datent, les premières esquisses d'OEDIPE. L'oeuvre, composée
sur le poème d'Edmond Fleg, sera entièrement achevée
le 27 avril i 93 i vingt-et-un ans se seront écoulés entre
temps, pendant lesquels Enesco aura composé, parmi d'autres chefs-d'oeuvres,
sa célèbre TROISIEME SONATE pour vio-lon et piano, dans le
style populaire roumain. Tout comme cette sonate et malgré son titre,
"OEDIPE" dépasse naturellement de très loin le sim-ple folklore.
C'est une musique universelle, où le quart et le tiers de ton de
la musique antique voisinent avec une musique grecque imaginaire, mais
d'une vie qui recouvre des milliers de siècles de civilisation.
Par-dessus tout il y a l'inspiration incarnant des symboles de toujours,
son orchestration somptueuse et resplendissante la puissance de vérité
qui émane de chaque mesure, et dont la force dramatique ne faillit
jamais. C'est le 13 mars 1936 que l'oeuvre fut créée à
l'Opéra de Paris, avec l'inoubliable André Pernet dans le
rôle d'OEDIPE, avec un immense succès. Après 36 représentations
elle quitta l'affiche c'était déjà beau-coup, pour
l'époque, car c'était une oeuvre "moderne" dans toute la
puissance de ce terme. Si elle a été, depuis, réalisée
scéniquement, c'est uniquement dans sa traduction roumaine, par
l'Opéra de Bucarest. L'inimaginable carence des scènes françaises
sera, espérons-le, réparée à Paris en 1982.
Car enfin, il s'agit d'une oeuvre française, dont le poème
est signé par Edmond Fleg, l'un des grands poètes français
du 20 siècle. Quant à Enesco, roumain de souche, il y a mis
l'essence de ce que la France, son pays d'adoption, lui avait appris.
C'est une oeuvre qui mériterait la célébrité
de n'importe laquelle des grandes oeuvres de Strauss. C'est une musique
d'une inspiration puis-sante, d'une force dramatique extraordinaire, d'une
nouveauté, d'une originalité d'écriture constante
à quand, sa présence au répertoire de tous les grands
théâtres lyriques du monde ? Le mystère demeure entier.
Antoine Goléa (1980)
GEORGES ENESCO AUJOURD'HUI
par COSTIN MIEREANU
Cent ans après sa naissance, Enesco est en voie d'être
redécouvert par le monde musical occidental. L audition relativement
récente d'un certain nombre de ses oeuvres dans le cadre du Festival
de Printemps de Paris (1975) et la série d'émissions qui
lui ont été consacrées par Radio-France (tout cela
grâce aux efforts et à la constance du regretté Antoine
Goléa - à qui nous désirons ici rendre hommage) contribuent
à faire connaître dans Enesco un phénomène important
et original, précurseur "avant la lettre" de nombreuses conquêtes
de la technique musicale du vingtième siècle.
Deux questions nous viennent à l'esprit, en raison
de cette. actualisation tardive d'Enesco dans la conscience de l'occident
musical d'une part, qu'a représenté et que représente
aujourd'hui Enesco pour les généra-tions des compositeurs
roumains de l'après-guerre ? D'autre part, pour-quoi cet oubli ingrat
dans la conscience des contemporains occidentaux, et implicitement, d'où
vient cette redécouverte tardive ?
Sur un plan national, avec Enesco, la musique roumaine réussit
enfin à émerger du monde de l'enfance représenté
par les "hora" traditionnelles et provincialistes; le monde sonore du sud-est
européen intègre enfin la pensée et la grande forme
de la musique occidentale, la sonate, la symphonie.
Enesco, durant sa vie, n'a pas créé d'école,
il n'a pas non plus été un puriste sur le plan du style.
Par contre, complètement ignoré et quasi-ment interdit en
Roumanie pendant les dernières années de sa vie, il redevient
subitement peu de temps après sa mort, une personnalité considérée
comme le point de départ de la modernité et le guide des
générations ultérieures. Il a beaucoup été
question ensuite dans la musi-cologie roumaine, "des directions empruntées
par la pléiade des compo-siteurs roumains actuels, qui se trouvent
en fait contenues de manière embryonnaire et prophétique
dans la création énescienne". Faisant tou-jours la synthèse,
Enesco n'a pas créé d'école. La génération
de compo-siteurs qui lui a immédiatement 'succédé
ne s'est pas dirigée dans les voies ouvertes par Enesco, préférant
en un sens se cantonner dans un langage spécifiquement national
au premier degré.
Enesco a été redécouvert, et continue
de l'être, seulement par la pre-mière génération
de compositeurs issue de l'après-guerre. Ceux-ci, par-tant de ses
oeuvres tardives comme la SYMPHONIE DE CHAMBRE, et son deuxième
QUATUOR, ont constitué ce que l'on pourrait schématiquement
nommer le phénomène post-énescien, en lui empruntant
spécia-lement la technique des axes de symétrie, du quart
de ton, de la variation continue, ainsi que la rythmique libre du "parlando
rubato" populaire, etc... Certaines des réussites les plus évidentes
de la musique roumaine de cette époque s'inscrivent dans cette sphère
générale de préoccupa-tions, et nous les devons à
Stefan Niculescu, Aurel Stroe, Anatol Vieru, Tibenu Olah, Corne Taranu,
Iancu Dumitrescu,Horatiu Radulescu, Costin Cazaban, Ana-Maria Avram, Octav
Nemescu etc...
Pour la deuxième génération de jeunes
compositeurs roumains, dont je fais moi-même partie, l'actualité
d'Enesco se pose de manière différente, grâce à
la distance due à l'éloignement temporel. Mon collègue
Mihai Mitrea-Celarianu le disait avec lucidité dans un article que
j'avais vaine-ment essayé de publier dans les années 1966
dans la revue "Amfitea-trul" de Bucarest et qui a été censuré
à deux reprises. Je le cite de mémoire: "Enesco est aujourd'hui
pour nous, la deuxième génération de jeunes compositeurs
roumains, tout aussi actuel qu'inactuel". En d'autres termes, Enesco nous
était tout aussi proche qu'un phénomène vague et éloigné.
En fait, cette remarque n'avait pas le caractère négatif
absolu qu'on a voulu lui prêter : elle soulignait simplement, noir
sur blanc, un état de fait réel. Je m'en rends d'autant mieux
compte aujourd'hui.
Passant par la technique sérielle mélodique
ou par le sérialisme intégral, par la Moment-Form, les formants
mobiles, par un indéterminisme croissant situé entre le graphisme
référentiel, le graphisme symbolique et les partitions verbales
et/ou la "Textkomposition", essayant, à une épo-que plus
târdive de réorganiser toutes les dônnées techniques
dans un mécanisme opérationnel complexe réunissant
ce que l'on nomme les "multi media" ou que j'appelle "réécriture
spatio-temporelle", je mé suis rendu compte que seul un renoncement
à "l'héritage" énescien m'a permis (et a permis dans
des sens différents à tous ceux faisant partie de cette même
génération), cette évolution.
D'autre part, en chacun de nous, même de manière
souterraine et invisi-ble, existe cette ouverture d'horizons apportée
par Enesco, cette éclo-sion Si roumaine dans son esprit : le principe
de la variation continue, de l'asymétrie des lignes mélodiques,
la fluance rythmique et l'ambiguïté polyrythmique planante
du parlando rubato des mélopées populaires avec ses étranges
mélîsmes.
Phénomène singulier pour la musique roumaine
au momènt de son appa-rition, Enesco s'engage dans une voie nouvelle
sans avoir recours à une tradition nationale culturelle. La difficulté
est alors double et assez pro-fonde : d'une part la synthèse du
langage, d'autre part son approfondis-sement artistique. Il en découle
que la modernité d'Enesco (alors même qu'elle est stupéfiante
sur le plan du détail technique), apparaît en quel-que sorte
freinée sur le plan de la manifestation, dans le langage formel,
timbraI, harmonique; il s'agit d'un modernisme qui se ressent de l'effort
d'avoir traîné derrière soi des siècles de balkanisme.
D'où, sans doute, la réflexion dure mais avisée d'Enesco:
" .. .je pense que les progrès dans la vie ne se font pas aussi
rapidement qu'ils en ont l'air... En schématisant, on peut distinguer
(avec des reprises, des intermitten-ces et à des plans très
différents) deux orientations prédominantes, dans l'évolution
stylistique d'Enesco il y a quelques années, nous les avions
nommées en des termes quelque peu emphatiques "la direction
abstracto-universaliste et la direction caractéristico-autochtone
"
Enesco a écrit, tout a long de sa vie, des oeuvres
adoptant un langage musical relativement neutre Il s'agissait au
début des symphonies "d'école", puis dé la SYMPHONIE
N0 i en mi bémol (plus académique, surnommée également
l'Héroïque énescienne>, puis des SYMPHONIES N0 2 et
3 (un romantisme tardif, fébrile), la SUITE N0 i pour orchestre,
de la SONATE N0 3 pour piano (plus néo-classique).
La spécificité nationale revêt à
un moment donné la forme de la citation folklorique brute, rhapsodique
(le POEME ROUMAIN, les deux RHAPSO-DIES> elle évolue avec
celle du "folklore imaginaire" qui commence àêtre fondé
sur des caractéristiques essentielles (mode, rythme, hétéro-phonie
du chant populaire> s'estompe dans le DIXTUOR et la SUITE N0 3 pour
orchestre ("villageoise") pour acquérir enfin une présence
im-pressionnante dans le chef d'oeuvre qu'est la TROISIEME SONATE pour
violon et piano "à caractère populaire roumain".
Une "média aurea" pourrait également être
dégagée dans le sens de la grande synthèse (OEDIPE,
la SYMPHONIE DE CHAMBRE).
Sans apporter les aspérités et les solutions
"elliptiques" d'un Bartok, d'un Strawinsky, d'un Schoenberg ou d'un Webern,
le langage harmonique esnescien, à prédominance modale, imprime
à la musique du début du siècle la noblesse calme
mais profonde d'un nouveau classicisme, et s'approche dans une certaine
mesure de la lignée française - Fauré, Debussy, Messiaen
- avec une prédilection particulière pour le raffine-ment
de la couleur harmonique. Malgré tout cela, Enesco affirme dans
ses souvenirs qu'il est par excellence un polyphoniste et non pas le créateur
de beaux accords bien enchaînés.
Bien que le climat d'ensemble de sa musique soit celui d'une
confession extatique, une grande variété intérieure
exulte sous le strate de cette isorythmie apparente. Enesco excelle donc
de manière miraculeuse dans le domaine du rythme, malgré
une impression parfois Statique. Dans les créations de maturité,
il va réussir à obtenir une grande variété,
due en particulier à la présence, aux côte 6s du système
traditionnel divisionnaire, du système rythmique populaire "parlando
rubato". Et Si nous nous réfé-rons aux innovations apportées
sur le plan rythmique par des composi-teurs importants de notre siècle
: Bartok, Strawinsky, Webern, Messiaen, Boulez, Enesco doit alors avec
raison être cité au premier plan, comme l'un de ceux qui eut
de bonne heure la conscience du rôle immense que doit jouer la variation
rythmique dans la musique de demain. Il est impor-tant de signaler qu'avec
l'utilisation d'un chromatisme modal intense et d'un rythme très
riche, le plus souvent asymétrique. Enesco utilise de plus en plus
rarement le contrepoint imitatif, le remplaçant par le contre-point
libre plus adéquat à sa vision de la composition et bien
plus proche de l'esprit du folklore.
L'analyse de l'aspect timbrai ne nous apparaît pas
moins attirante. Dans la musique contemporaine, et plus particulièrement
dans celle de l'après-guerre, la variété du timbre
est devenue un des aspects de première importance du discours sonore.
Au début du siècle, les compositeurs impressionnistes l'ont
intensivement cultivée - Debussy, Dukas, Ravel, puis les représentants
des écoles nationales - Bartok, Strawinsky, de Falla, l'expressionnisme
allemande - Schoenberg, Berg et surtout We-bern, les post-impressionnistes
français - Varèse et Messiaen en tète, et à
une époque ultérieure, Boulez, Stockhausen, John Cage, Xenakis,
Kagel, Schnebel.
Incontestablement, le mérite d'avoir apporté
même dans cette perspec-tive des éléments intéressants
et inédits pour les premières années du vingtième
siècle, revient à Enesco.
Une ultime remarque sur la conception enescienne du développement
temporel de la forme musicale, conception dans laquelle on pourra peut-être
saisir une des explications de l'impopularité de la musique d'Enesco
jusqu'à ce jour au niveau de la sensibilité européenne.
Enesco, ce qui était extraordinaire pour son époque conçoit
chaque oeuvre nouvelle comme un processus unique, que l'on ne peut répéter,
et évite toujours la répétition "en série"
de formules ou de procédés "réussis". Enesco est un
compositeur difficile à situer, car excluant des automatismes de
style, caractéristiques à des compositeurs aussi renommés
et populaires que Milhaud, Hindemith, Prokofiev ou Strawinsky.
Costîn Miereanu
as well as other
http://humboldt1.com/~mimicry
http://www.nd.org/jronsen/dumitrescu.html
http://www.l-m-c.org.uk
http://cerise.sat.dundee.ac.uk/~arb/music/cds.html
home
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