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home | La Bible et Le Coran D'André Chouraqui En Ligne
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Iob
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Iob Iob Job
Liminaire pour Iob, Job
Chef-d’oeuvre écrit à l’âge d’or de la création poétique d’Israël, probablement à l’époque du premier Temple, le livre de Iob (Job) a été attribué par une certaine tradition hébraïque à Moshè (Moïse). Il constitue le premier roman métaphysique de la littérature universelle, et sans doute un de ses sommets. Ses rythmes nous transportent aux sources d’une connaissance nouvelle de l’homme et de son mystère.
Une antique légende populaire, mettant en scène le juste mis à l’épreuve par Satan, fournit le thème d’un poème lyrique. Le caractère universel de l’oeuvre est souligné par le fait que Job n’est ni un Judéen ni un Israélite, mais un Iduméen.
Incité par Satan, Elohîms permet que Job perde ses enfants et ses biens, et qu’il soit durement frappé dans son corps par un mal apparemment incurable. La souffrance du juste permet ainsi d’évoquer le problème ontologique du mal.
Une question centrale domine l’oeuvre: comment apprécier le destin de Job par rapport aux règles généralement admises de la rétribution? La souffrance du juste doit-elle faire douter de l’ordre moral universel ? Le drame atteint aux dimensions de la tragédie: Job est déchiré au plus profond de son être; il ne comprend plus la justice de cet Elohîms qu’il persiste à reconnaître et à adorer. Job le Sage est amené à se révolter contre Job le Juste. Job a perdu davantage que ses enfants et ses biens: il est atteint aux sources désormais taries de son être, dans sa confiance en la justice de IHVH-Adonaï. L’audace de la pensée se fait insurpassable lorsque, ayant renoncé à tout, ayant accepté de tout perdre, il s’accroche à l’ultime bien qui lui reste et qui est pour lui le plus précieux: sa justice. Qu’Elohîms lui prenne ses enfants, sa santé, ses biens, il le comprend et il l’accepte. Mais il ne peut douter de ce qui est une évidence à ses yeux: sa vertu de justice, qu’il érige soudain en impératif absolu, en vertu autonome, disjointe de l’espérance et même de la foi, puisqu’elle accuse IHVH-Adonaï et le met en demeure de se justifier. La justice de l’homme, au-delà de la crainte et de l’espoir, accuse un échec qui semble dénoncer la faillite de la justice divine.
La tradition hébraïque ultérieure n’hésitera pas à voir parfois en Job un révolté et un blasphémateur (Talmud, Baba Batra, 15-16). Jamais sans doute la pensée d’Israël n’aura été plus loin dans son audace, n’aura autant dépouillé l’univers de son mythe. Jamais l’affirmation de l’homme n’aura été portée aussi loin que par cette victime rongée par son mal et pourtant le surmontant, ivre de justice, malade d’amour.
Entre le défi de Job et la réponse de IHVH-Adonaï, nous sommes tenus en haleine par les discours d’Elihou, de la tribu de Bouz, au nord de l’Arabie occidentale. Loin d’être un ajout tardif, son poème semble bien exprimer la pensée de l’auteur avant l’ultime théophanie (ch. 32-37). Elihou commence là où Job aboutit. Il admet que la souffrance n’a pas choisi Job en raison de ses fautes. La personne de son interlocuteur importe moins à ses yeux que l’existence de IHVH-Adonaï, dont il lit les preuves dans l’histoire et dans la nature. Elohîms, qui a créé l’univers, pourrait-il lui retirer son chérissement, alors que le réel ne vit que par lui ? Pourrait-il exclure l’homme de son amour et de sa justice ? La nature comme l’esprit sont le fruit de la grâce divine. La conscience morale qui torture Job lui vient de IHVH-Adonaï, de même que la connaissance du Bien et du Mal. Comment celui qui a donné la Tora et lui a soumis l’universalité du réel saurait-il se situer lui-même en dehors de ses exigences ? Job et ses amis ont également tort, puisqu’ils excluent de IHVH-Adonaï le mystère de son amour.
Ce mystère culmine lorsque IHVH-Adonaï apparaît et que sa voix se fait entendre. Il n’est plus question alors de tentations ni de souffrances, de doutes ou de révoltes. La réalité surnaturelle, celle qui résout dans le chérissement toutes les tensions, toutes les contradictions de la nature, réconcilie, dans la contemplation du mystère, Job le Juste et Job le Sage. Abraham retrouve Isaac sur lequel il avait levé le couteau sacrificiel. Ainsi Job franchit-il la nuit de la révolte et renaît-il dans la lumière et le bien d’Elohîms.
Chapitre 1.
Iob et ses fils
1. Un homme était en terre de ‘Ous. Son nom: Iob.
Cet homme est intègre et droit; il frémit d’Elohîms et s’écarte du mal.
2. Sept fils et trois filles sont enfantés pour lui.
3. Et c’est son cheptel: sept mille ovins, trois mille chameaux,
cinq cents paires de bovins, cinq cents ânesses,
et une domesticité fort nombreuse.
Et c’est cet homme, plus grand que tous les fils du Levant.
4. Ses fils vont et font un festin dans la maison de l’un d’eux, en ce jour.
Ils envoient et invitent leurs trois soeurs à manger et boire avec eux.
5. Et c’est quand les jours du festin sont bouclés,
Iob envoie pour les consacrer. Il se lève de grand matin
et fait monter des montées d’après le nombre de tous.
Oui, Iob dit: « Peut-être mes fils ont-ils fauté,
‹ bénissant › Elohîms en leur coeur. » Iob fait ainsi tous les jours.
6. Et c’est le jour, les fils d’Elohîms viennent se poster devant IHVH-Adonaï.
Mais le Satân vient aussi avec eux.
7. IHVH-Adonaï dit au Satân: « D’où viens-tu ? » Le Satân répond à IHVH-Adonaï et dit:
« De naviguer sur terre et d’y cheminer. »
8. IHVH-Adonaï dit au Satân: « As-tu mis ton coeur sur mon serviteur Iob ?
Non, il n’est pas sur terre d’homme semblable à lui, intègre et droit.
Il frémit d’Elohîms et s’écarte du mal. »
9. Le Satân répond à IHVH-Adonaï et dit:
« Est-ce gratuitement que Iob frémit d’Elohîms ?
10. N’est-ce pas toi-même qui l’a couvert, lui, sa maison,
et tout ce qui est à lui, autour ?
Tu bénis l’oeuvre de ses mains, et son cheptel fait brèche sur terre.
11. Cependant, envoie donc ta main, touche à tout ce qu’il a:
il te ‹ bénira ›, contre tes faces ! »
12. IHVH-Adonaï dit au Satân: « Voici, tout ce qui est à lui est en ta main.
Seulement, n’envoie pas ta main contre lui ! »
Le Satân sort loin des faces de IHVH-Adonaï.
Ruine de Iob
13. Et c’est le jour, ses fils et ses filles mangent et boivent du vin
dans la maison de leur frère aîné.
14. Un messager vient vers Iob et dit: « Les bovins étaient au labour,
et les ânesses paissaient sous leurs mains.
15. Sheba tombe, les prend et frappe les adolescents à bouche d’épée.
Je me suis échappé, moi seulement, tout seul, pour te le rapporter. »
16. Celui-là parle encore, quand celui-ci vient et dit:
« Le feu d’Elohîms est tombé des ciels;
il a brûlé les ovins et les adolescents; il les a dévorés.
Je me suis échappé, moi seulement, tout seul, pour te le rapporter. »
17. Celui-là parle encore, quand celui-ci vient et dit:
« Les Kasdîm ont mis trois têtes.
Ils se sont déployés contre les chameaux et les ont pris.
Ils ont frappé les adolescents à bouche d’épée.
Je me suis échappé, moi seulement, tout seul, pour te le rapporter. »
18. Tandis que celui-là parle, celui-ci vient et dit:
« Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient du vin
dans la maison de leur frère aîné.
19. Et voici, un grand souffle est venu du côté du désert.
Il a touché les quatre coins de la maison.
Elle est tombée sur les adolescents. Ils sont morts.
Je me suis échappé, moi seulement, tout seul, pour te le rapporter. »
20. Iob se lève, déchire son manteau, se rase la tête,
tombe à terre, se prosterne
21. et dit: « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, et nu je retournerai là.
IHVH-Adonaï a donné, IHVH-Adonaï a pris: le nom de IHVH-Adonaï est béni ! »
22. En tout cela Iob ne faute pas. Il ne donne pas de fadeur à Elohîms.
Chapitre 2.
Satân insiste
1. Et c’est le jour, les fils d’Elohîms viennent se poster devant IHVH-Adonaï.
Le Satân vient aussi, parmi eux, se poster devant IHVH-Adonaï.
2. IHVH-Adonaï dit au Satân: « D’où viens-tu donc ? »
Le Satân répond à IHVH-Adonaï et dit: « De naviguer sur terre et d’y cheminer. »
3. IHVH-Adonaï dit au Satân: « As-tu mis ton coeur sur mon serviteur Iob ?
Non, il n’est pas sur terre d’homme semblable à lui, intègre et droit.
Il frémit d’Elohîms, s’écarte du mal et affermit encore son intégrité.
Mais tu m’incites contre lui à l’engloutir gratuitement ! »
4. Le Satân répond à IHVH-Adonaï et dit: « Peau pour peau !
Tout ce que l’homme a, il le donne pour son être !
5. Pourtant, envoie donc ta main, touche à ses os, à sa chair,
et il te ‹ bénira ›, contre tes faces ! »
6. IHVH-Adonaï dit au Satân: « Le voici dans ta main; mais préserve son être ! »
7. Le Satân sort loin des faces de IHVH-Adonaï. Il frappe Iob d’un ulcère malin,
de la plante de son pied jusqu’à son crâne.
8. Il se prend un tesson pour se gratter avec, lui, assis au milieu de cendres.
9. Sa femme lui dit: « Tu t’affermis encore en ton intégrité ?
‹ Bénis › Elohîms et meurs ! »
10. Il lui dit: « Tu parles comme parle une de ces charognes !
Nous acceptons le bien d’Elohîms: n’accepterions-nous pas aussi le mal ? »
En tout cela Iob n’a pas fauté de ses lèvres.
Les amis de Iob
11. Les trois compagnons de Iob entendent tout ce malheur venu contre lui.
Ils viennent, chacun de son lieu:
Èliphaz le Téimani, Bildad le Shouhi, et Sophar le Na‘amati.
Ils se concertent ensemble pour venir hocher sur lui et le réconforter.
12. Ils lèvent leurs yeux de loin et ne le reconnaissent pas.
Ils lèvent leur voix et pleurent; chacun déchire son manteau.
Ils jettent de la poussière sur leur tête et contre les ciels.
13. Ils siègent avec lui à terre sept jours et sept nuits.
Nul ne lui dit une parole: oui, ils voient que la douleur est très grande.
Chapitre 3.
Périsse le jour
1. Après quoi, Iob ouvre sa bouche et maudit son jour.
2. Iob répond et dit:
3. Périsse le jour où je fus enfanté, la nuit qui dit: « Un mâle est conçu » !
4. Que ce jour-là soit ténèbre ! Qu’Eloha, d’en haut, ne le cherche pas !
Que la luminosité n’apparaisse pas sur lui !
5. Que la ténèbre et l’ombremort le rachètent ! Que la nuée l’habite !
Que les éclipses du jour le terrifient !
6. Cette nuit-là, que l’obscurité la prenne !
Qu’elle ne soit pas incluse dans les jours de l’année !
Qu’elle ne vienne pas au nombre des lunes !
7. Voici, que cette nuit-là soit bréhaigne; que la jubilation n’y vienne pas:
8. Que ceux qui honnissent le jour la percent,
et les furies, qu’éveille Leviatân !
9. Que les étoiles de son crépuscule s’enténèbrent !
Qu’elle espère la lumière, sans rien !
Qu’elle ne voie pas les paupières de l’aube,
10. car elle n’a pas fermé les portes de mon ventre,
pour cacher la souffrance à mes yeux !
11. Pourquoi ne suis-je pas mort dans la matrice,
du ventre sorti pour agoniser ?
12. Pourquoi deux genoux m’ont-ils accueilli;
et plus, deux seins pour que je tète ?
13. Oui, maintenant je serais couché et paisible; je sommeillerais;
je me reposerais, alors,
14. avec des rois, des conseillers de la terre, qui se bâtissent des mausolées.
15. Ou avec des chefs qui ont de l’or à eux
et remplissent leurs maisons d’argent.
L’exaspération est venue
16. Pourquoi ne suis-je pas comme l’avorton enfoui,
comme les nourrissons qui n’ont pas vu la lumière ?
17. Là, les criminels cessent d’exaspérer,
et là se reposent les épuisés, sans force.
18. Ensemble, les captifs sont sereins:
ils n’entendent plus la voix du tyran.
19. Petits et grands sont là, et le serviteur libre de son maître.
20. Pourquoi donne-t-il la lumière au besogneux, la vie aux êtres amers ?
21. Ils attendent la mort, mais elle ne vient pas.
Ils fouillent, mieux que pour des magots, afin de la trouver.
22. Ils jubilent de joie, ils exultent, quand ils trouvent un sépulcre
23. pour le brave dont la route est cachée et qu’Eloha cloisonne.
24. Oui, en face de mon pain surgit mon gémissement,
et mes rugissements déferlent comme des eaux.
25. Oui, je tremble de tremblement; il m’atteint.
Ce qui m’épouvantait est survenu contre moi.
26. Je ne m’apaise pas, je ne me calme pas,
je ne me repose pas: l’exaspération est venue.
Chapitre 4.
La réponse d’Èliphaz
1. Èliphaz le Téimani répond et dit:
2. Te lasseras-tu à éprouver la parole contre toi ?
Mais qui peut refréner les mots ?
3. Voici, tu en as renforcé plusieurs, et fortifié des mains lâches.
4. Tes mots ont relevé qui trébuche, et affermi des genoux ployés.
5. Mais maintenant que cela est venu contre toi, tu es las !
Cela te touche, et tu t’affoles !
6. Ton frémissement n’est-il pas ton aplomb ?
ton espoir, l’intégrité de tes routes ?
7. Souviens-toi donc ! Quel innocent a péri ?
Ou bien des équitables ont-ils été biffés ?
8. Comme je l’ai vu, les laboureurs de fraude
et les semeurs de souffrance les moissonnent.
9. Par l’haleine d’Eloha, ils périssent;
par le souffle de sa narine ils sont achevés.
10. Rugissement du lion, voix du vieux félin !
Les dents des lionceaux sont fracassées !
11. Le lion périt sans proie; les fils de félidés se dispersent.
12. Vers moi, une parole s’est dérobée; mon oreille l’a vite saisie.
13. Aux cauchemars des songes de la nuit,
quand la torpeur tombe sur les hommes,
14. un tremblement m’a saisi, une secousse;
la plupart de mes os en tremblaient.
15. Un souffle passait sur mes faces; il hérissait le poil de ma chair.
16. Il se dressait, mais je ne reconnaissais pas son aspect,
l’image contre mes yeux. Silence... Puis j’ai entendu une voix:
17. « L’homme est-il juste contre Eloha ?
Ou, plus que son auteur, le brave serait-il pur ?
18. Certes, il ne se fie pas à ses serviteurs;
même en ses messagers il met le désaveu.
19. Plus encore les habitants de maisons d’argile,
dont les fondations sont de poussière,
écrasés plus vite qu’une mite.
20. Du matin au soir ils sont brisés sans remise et périssent à jamais.
21. Leur amarre ne part-elle pas avec eux ?
Ils meurent, mais non dans la sagesse. »
Chapitre 5.
L’ardeur tue le niais
1. Crie donc ! Existe-t-il, ton interlocuteur ?
Auquel des êtres consacrés feras-tu face ?
2. Oui, l’exaspération tue le dément; l’ardeur met à mort le niais.
3. Moi, j’ai vu le dément s’enraciner; j’ai honni son oasis, soudain.
4. Ses fils s’éloignent du salut, accablés à la porte sans sauveteur.
5. Sa moisson, l’affamé la mange, il la prend parmi les acanthes;
les jeûneurs aspirent leur fortune.
6. Non, la fraude ne sort pas de la poussière;
de la glèbe, la peine ne germe pas.
7. Oui, l’humain est enfanté pour la peine,
et les fils de Rèshèph se haussent pour voler.
L’espoir du gueux
8. Pourtant, moi je cherche Él; je mets ma parole auprès d’Elohîms,
9. auteur de grandeurs insondables, de prodiges sans nombre,
10. donneur de pluie sur les faces de la terre,
envoyeur d’eau sur les faces des allées.
11. Il relève les abattus en haut; les assombris culminent de salut.
12. Il annule les pensées des rusés; leurs mains n’agissent pas avec efficacité.
13. Il prend les sages dans leurs ruses; le conseil des retors avorte.
14. De jour, ils rencontrent la ténèbre;
et, comme dans la nuit, ils tâtonnent à midi.
15. Il sauve le pauvre de l’épée de leur bouche et de la main du fort.
16. C’est l’espoir du gueux: la forfaiture boucle sa bouche.
17. Voici les marches de l’homme qu’admoneste Eloha !
Ne rejette pas la discipline de Shadaï !
18. Oui, il endolorit et panse; il mutile, mais ses mains guérissent.
19. Il te secourt de six détresses; et dans la septième, le mal ne te touche pas.
20. Pendant la famine, il te rachète de la mort;
pendant la guerre, de la main de l’épée.
21. Dissimule-toi au fouet de la langue:
tu ne frémiras pas de la razzia quand elle surviendra.
22. Tu te ris de la razzia, de la malefaim,
et ne frémiras pas de l’animal de la terre.
23. Oui, ton pacte est avec les pierres du champ;
l’animal du champ fait la paix avec toi.
24. Tu le sais, oui, ta tente est paix; tu inspectes ton oasis et ne faute pas.
25. Tu le sais, oui, ta semence est nombreuse;
tes rejetons semblables à l’herbe de la terre.
26. Tu viens en pétulance au sépulcre, comme la meule monte à temps.
27. Voici, cela, nous l’avons sondé. C’est ainsi !
Entends donc, et toi, sache-le pour toi-même !
Chapitre 6.
Iob attaque Èliphaz
1. Iob répond et dit:
2. Si mon exaspération était pesée, pesée,
avec mon infortune portées ensemble sur les balances,
3. oui, maintenant cela serait plus lourd que le sable des mers.
Aussi, mes paroles divaguent.
4. Oui, les flèches de Shadaï sont contre moi,
leur venin que boit mon souffle.
Les paniques d’Eloha se rangent contre moi.
5. L’onagre ne grogne-t-il pas pour du gazon ?
Le boeuf ne mugit-il pas pour sa pitance ?
6. Une fadeur se mange-t-elle sans sel ?
A-t-elle un goût, la sève de buglosse ?
7. Mon être refuse d’y toucher: c’est comme mon pain de dolence.
8. Qui donnera qu’arrive ma demande, et qu’Eloha me donne mon espoir ?
9. Qu’Eloha se résolve et m’accable, qu’il délie sa main et me ravisse:
ce serait encore mon réconfort !
10. Je tressaillerais dans un spasme sans compassion:
du moins, je n’aurais pas biffé les dits du sacré !
11. Quelle est ma force pour que je patiente ?
Quelle est ma fin, pour que je prolonge mon être ?
12. Ma force est-elle force de pierres ? ma chair, de bronze ?
13. Non, mon aide n’est pas en moi; l’efficacité a été bannie loin de moi.
14. Qui rejette le chérissement de son compagnon ?
Qui abandonne le frémissement de Shadaï ?
15. Mes frères trahissent comme un torrent,
comme le lit où passent les torrents.
16. Sombres de glace, la neige les occulte.
17. Au temps où ils se réchauffent, ils disparaissent;
à la chaleur, ils s’évanouissent loin de leur lieu.
18. Les caravanes s’infiltrent sur leur route; elles montent en tohu et périssent.
19. Les caravanes de Téima les regardent; les convois de Sheba les espèrent.
20. Ils blêmissent d’avoir été sûrs; venus jusqu’à eux, ils s’atterrent.
21. Oui, maintenant vous êtes comme lui;
vous voyez la consternation et vous frémissez.
22. Ai-je dit: « Offrez-moi de votre force, soudoyez-moi,
23. faites-moi échapper à la main de l’oppresseur,
de la main des violents rachetez-moi » ?
24. Enseignez-moi, je me tairai; faites-moi discerner en quoi j’ai erré.
25. Quelle véhémence dans les dits de droiture !
Mais qu’exhorte-t-elle, votre exhortation ?
26. Pensez-vous exhorter par des mots; d’un souffle, les dires du désespéré ?
27. Vous tombez contre l’orphelin même; vous sapez contre votre ami.
28. Maintenant, résolvez-vous à faire face,
et, de vos faces, voir si je me trompe !
29. Retournez donc, qu’il ne soit pas de forfaiture;
retournez encore: ma justification est là.
30. La forfaiture existe-t-elle sur ma langue ?
Ou bien mon palais ne discerne-t-il pas les infortunes ?
Chapitre 7.
Suis-je mer ou dragon ?
1. N’est-ce pas une corvée, pour l’homme, sur terre ?
Et ses jours ne sont-ils pas comme les jours d’un salarié ?
2. Comme le serf aspire à l’ombre, comme le salarié espère son travail,
3. ainsi suis-je mis en possession de lunes vaines;
des nuits de tourment me sont imparties.
4. Si je me couche, je dis: « Quand me lèverai-je ? »
Et le soir dépasse la mesure.
Je me rassasie d’errance jusqu’au crépuscule.
5. Ma chair s’est vêtue de putréfaction, de croûte, de poussière;
ma peau, sidérée, suppure.
6. Mes jours sont plus légers que la navette; ils s’achèvent sans nul espoir.
7. Souviens-toi de ce que ma vie est un souffle;
mon oeil ne retourne pas voir le bien.
8. L’oeil de qui me voit ne me fixe plus;
tes yeux sont sur moi, mais je ne suis plus !
9. La nuée s’achève et va; ainsi le gisant du Shéol n’en remonte pas.
10. Il ne retourne plus vers sa maison; son lieu ne le reconnaît plus.
11. Moi aussi je n’épargnerai pas ma bouche;
je parlerai dans la détresse de mon souffle,
je m’épancherai dans l’amertume de mon être.
12. Moi, suis-je mer ou dragon,
pour que tu mettes contre moi une muselière ?
13. Oui, j’ai dit: « Mon grabat me réconfortera;
ma couche portera mon épanchement. »
14. Mais tu m’effares par des rêves; tu me paniques par des visions.
15. Mon être choisit l’étranglement; la mort, plutôt que mes os !
16. Je l’ai rejetée, je ne vivrai plus en pérennité !
Cesse avec moi ! Oui, fumée, mes jours !
17. Qu’est-il, l’homme, que tu le grandisses, que tu places sur lui ton coeur,
18. le sanctionnes les matins, l’examines à tout instant ?
19. Jusqu’à quand, loin de moi, ne me verras-tu pas,
ne me lâcheras-tu pas, que je puisse avaler ma salive ?
20. J’ai fauté ! Que ferai-je pour toi ?
Détenteur de l’humain, pourquoi m’as-tu mis en cible pour toi ?
Je suis à moi une charge.
21. Pourquoi ne portes-tu pas ma carence, passant outre à mon tort ?
Oui, maintenant je me couche dans la poussière.
Tu es en quête de moi, mais je ne suis plus.
Chapitre 8.
Bildad condamna Iob
1. Bildad le Shouhi répond et dit:
2. Jusqu’où palabreras-tu ainsi, au souffle grandiose des dits de ta bouche ?
3. L’Él tord-il le jugement ? Ou Shadaï tord-il la justice ?
4. Si tes fils ont fauté contre lui, il les a renvoyés sur la main de leur carence.
5. Si tu es en quête d’Él, et, à Shadaï, demandes grâce,
6. si tu es limpide et droit, oui, maintenant il s’éveillera pour toi;
il restaurera l’oasis de ta justice.
7. Ton en-tête était minuscule, mais ton avenir culminera fort.
8. Oui, questionne donc l’âge premier; sois prêt au sondage de leurs pères.
9. Oui, nous sommes d’hier;
nous ne connaissons pas l’ombre de nos jours sur terre.
10. Ne t’enseignent-ils pas, eux ? Ne te le disent-ils pas ?
De leur coeur ils extraient des mots.
11. Le papyrus jaillit-il sans marais ?
La jonchée s’épanouit-elle sans eaux ?
12. Il est encore en sa germination, il n’est pas cueilli
qu’il sèche avant toute herbe.
13. Ainsi des voies de tous les oublieux d’Él: l’espoir de l’hypocrite perd,
14. dont les filandres sont l’aplomb, une maison d’araignée la sécurité.
15. Il s’appuie sur sa maison, elle ne tient pas;
il s’y adosse, elle ne se relève pas.
16. Humide, face au soleil, son surgeon sort dans son jardin.
17. Sur un galgal ses racines s’enchevêtrent; il fissure la maison de pierre.
18. Quand il est englouti loin de son lieu, celui-ci le renie: « Je ne t’ai pas vu. »
19. Certes, telle est l’allégresse de sa route,
et de la poussière, d’autres germeront !
20. Certes ! Él ne rejette pas l’intègre;
il ne renforce pas la main des malfaiteurs,
21. jusqu’à remplir ta bouche de rire, tes lèvres d’ovations.
22. Tes haineux se vêtiront de blêmissement;
la tente des criminels ne sera plus.
Chapitre 9.
Iob à Bildad
1. Iob répond et dit:
2. En vérité, je sais qu’il en est ainsi:
comment l’homme se justifie-t-il devant Él ?
3. S’il désire le contester, il ne lui répondra pas une fois sur mille.
4. Sage de coeur, ferme en force,
qui s’endurcirait contre lui, étant en paix ?
5. Le remueur de montagnes sans qu’elles le sachent,
lui qui les a fait tournoyer en sa fureur,
6. lui qui fait trembler la terre hors de son lieu: ses colonnes chancellent.
7. Il le dit au soleil: il ne brille plus; quant aux étoiles, il les scelle.
8. Déployeur des ciels, lui seul, routier des tertres de la mer;
9. faiseur de l’Ourse, d’Orion, des Pléiades et des chambres du Téimân;
10. faiseur de grandeurs insondables, de prodiges sans nombre.
11. Certes, il passe près de moi et je ne le vois pas !
Il se déplace, et je ne le discerne pas ! S’il ravit, qui le fera retourner ?
12. Qui lui dira: « Que fais-tu ? »
13. Eloha ne retourne pas sa fureur; les aides de Rahab s’inclinent sous lui.
14. Moi-même, lui répondrai-je ?
Choisirai-je mes paroles contre lui ?
15. Je ne répondrais pas, même si j’étais juste;
je demanderais grâce à mon juge.
16. Si je criais, me répondrait-il ?
Non, je ne crois pas qu’il écouterait ma voix,
17. lui qui dans la tempête m’a épié, multipliant mes blessures gratuites.
18. Il ne me donne pas de reprendre mon souffle;
oui, il me rassasie d’amertumes.
19. Si c’est par force, le voici, puissant.
Si c’est par un procès, qui m’assignera ?
20. Si j’étais juste, ma bouche m’incriminerait.
Moi, intègre ? Il me tordrait.
21. Moi, intègre ? Je ne connais pas mon être et rejette ma vie.
22. C’est tout un ! Sur quoi je dis: il achève l’intègre avec le criminel !
23. Un fléau met à mort soudain. Mais il se moque
de l’anéantissement des innocents !
24. La terre est donnée aux mains du criminel.
Il couvre les faces de ses juges. Si ce n’est lui, qui donc ?
Les barges de phragmite
25. Mes jours, plus légers qu’un coureur, fuient sans voir le bonheur.
26. Ils s’esquivent sur des barges de phragmite,
comme le vautour fond sur sa proie.
27. Si je dis: « J’oublierai mon épanchement,
j’abandonnerai mes faces et me contiendrai »,
28. je m’épouvante de toutes mes peines et sais que tu ne m’innocentes pas.
29. Moi-même je suis un criminel: pourquoi cela, peiner pour une fumée ?
30. Si je me baigne aux eaux de neige, si j’épure mes paumes avec du savon,
31. tu m’immerges au pourrissoir et mes tuniques m’ont en horreur.
32. Non, il n’est pas un homme comme moi, pour que je lui réponde
et que nous allions ensemble au jugement.
33. Il n’existe pas d’accusateur entre nous qui place sa main sur nous deux.
34. Qu’il écarte de moi sa verge: son effroi ne me terrorisera pas !
35. Je parlerai, je ne frémirai pas de lui.
Mais non ! je ne suis pas ainsi, moi-même !
Chapitre 10.
Je ne suis pas un criminel
1. Mon être abhorre ma vie, je m’abandonne à mon épanchement,
et parle dans l’amertume de mon être.
2. Je dis à Eloha: Ne m’incrimine pas;
fais-moi connaître en quoi tu me combats !
3. Est-il bien pour toi d’opprimer ?
Oui, de rejeter la peine de tes paumes
et de te manifester au conseil des criminels ?
4. As-tu des yeux de chair ? Vois-tu comme voit l’homme ?
5. Tes jours sont-ils comme les jours des hommes ?
Tes années comme les jours d’un brave ?
6. Oui, tu cherches mon tort et demandes ma faute.
7. Or, à ta connaissance, je ne suis pas un criminel;
et plus, il n’est pas, contre ta main, de sauveteur.
8. Tes mains m’ont façonné; elles m’ont fait en unité tout autour;
et tu m’engloutis !
9. Souviens-toi donc de ce que tu m’as fait d’argile,
et que tu me feras retourner à la glèbe.
10. Tu m’as trait comme du lait et coagulé comme un fromage.
11. Tu m’as vêtu de peau, de chair; d’os et de nerfs, tu m’as couvert.
12. Tu m’as fait vie et chérissement; ta sanction garde mon souffle.
13. Et cela, tu le recèles dans ton coeur;
je le sais, oui, cela est avec toi:
14. quand je faute, tu me surveilles et, de mon tort, ne m’innocentes pas.
15. Si je suis criminel, mes alalas sont à moi.
Ou, justifié, je ne peux lever la tête,
rassasié de turpitude, voyeur d’humiliation.
16. Si elle se redresse, comme un léopard tu me pourchasses;
tu retournes et fais prodige contre moi.
17. Tu renouvelles tes hostilités contre moi,
et avec moi multiplies ton exaspération; avec moi assauts et corvées.
18. Pourquoi m’as-tu fait sortir de la matrice ?
J’aurais agonisé; pas un oeil ne m’aurait vu.
19. J’aurais été comme n’étant pas, transporté du ventre au sépulcre.
20. Mes jours ne sont-ils pas un rien qui cesse ?
Place-toi loin de moi: je me contiendrai un peu,
21. avant que je m’en aille sans retour
en la terre de ténèbre et d’ombremort,
22. terre noire comme l’obscurité, d’ombremort sans ordre,
qui apparaît comme l’obscurité.
Chapitre 11.
Sophar à Iob
1. Sophar le Na‘amati répond et dit:
2. Le flot de paroles sera-t-il sans réponse ?
Ou l’homme aux lèvres a-t-il raison ?
3. Tes exagérations font-elles taire les gens ?
Tu te moques; et nul ne dirait l’opprobre ?
4. Tu dis: « Limpide est ma prise; j’ai été net à tes yeux. »
5. Et pourtant, qui donnerait à Eloha de parler,
qu’il ouvre ses lèvres avec toi,
6. qu’il te rapporte les arcanes de la sagesse;
oui, au redoublement de l’efficacité ?
Mais sache qu’Eloha, parmi les torts, en oublie !
7. Trouveras-tu le tréfonds d’Eloha ?
Trouveras-tu jusqu’à la finalité de Shadaï ?
8. Qu’en ferais-tu, hauteurs des ciels ?
Plus profonde que le Shéol, comment la connaîtrais-tu ?
9. Sa mesure est plus longue que la terre, plus large que la mer.
10. S’il se déplace, incarcère et rassemble, qui l’en détournerait ?
11. Oui, s’il connaît l’évanescence humaine et voit la fraude,
ne discernerait-il pas ?
12. L’homme creux serait-il incardié,
l’homme naîtrait-il en ânon sauvage ?
Ce sera l’espoir
13. Et toi, si tu apprêtes ton coeur, et déploie les paumes vers lui;
14. si tu éloignes de ta main la fraude et n’abrites pas la forfaiture en tes tentes,
15. oui, tu porteras alors tes faces loin de toute tare;
tu seras cuirassé et ne frémiras pas.
16. Oui, tu oublieras la peine et t’en souviendras comme d’eaux passées.
17. Plus brillante que midi, la durée se lèvera;
l’obscurité sera comme un matin.
18. tu seras en sécurité: oui, ce sera l’espoir.
Tu fouilleras et te coucheras en sécurité.
19. Tu t’allongeras sans perturbateur; multiples, ils solliciteront tes faces.
20. Les yeux des criminels s’épuisent; l’échappatoire est perdue pour eux.
Leur espoir est l’exhalaison d’être.
Chapitre 12.
Iob à Sophar
1. Iob répond et dit:
2. En vérité, oui, vous êtes peuple ! Avec vous meurt la sagesse !
3. J’ai aussi un coeur, comme vous.
Moi-même, je ne suis pas inférieur à vous.
Qui n’a pas autant que ceux-là ?
4. Je suis la risée de mon compagnon: « Criant vers Eloha, lui répond-il ? »
Une risée: « Un juste intègre ! »
5. torche de mépris aux intentions des sereins,
prêt pour ceux dont le pied vacille.
6. Les tentes des razzieurs sont paisibles,
sûre, celle de qui exaspère Él, et amène un Eloha dans sa main.
7. Cependant, questionne donc les bêtes, elles te l’enseigneront;
le volatile des ciels, il te le rapportera.
8. Ou épanche-toi avec la terre: elle te l’enseignera;
les poissons de la mer te le raconteront.
9. Qui ne connaît tout cela ? Oui, la main de IHVH-Adonaï fait cela,
10. lui qui a en sa main l’être de tout vivant,
le souffle de toute chair d’homme.
L’égaré et l’égareur
11. L’oreille ne distingue-t-elle pas les mots ?
Le palais ne goûte-il pas la nourriture ?
12. Aux vieillards la sagesse;
longueur des jours est discernement.
13. Avec lui la sagesse, l’héroïsme; à lui le conseil, le discernement.
14. Voici, il démolit, et ce ne sera pas rebâti;
il enferme l’homme: il ne sera pas libéré.
15. Voici, il refrène les eaux; elles sèchent;
il les renvoie: elles bouleversent la terre.
16. Avec lui l’énergie, l’efficacité, à lui l’égaré et l’égareur.
17. Il fait aller les conseillers dans l’égarement et aliène les juges.
18. Il délie les entraves des rois et lie l’alganon à leurs hanches.
19. Il fait aller les desservants dans l’égarement, et renverse les puissants.
20. Il retire la lèvre des orateurs, et confisque le goût des vieillards.
21. Il répand le mépris sur les notables, et détache la ceinture des agresseurs.
22. Il découvre les profondeurs de la ténèbre,
et sort, à la lumière, l’ombremort.
23. Il rend prospère les nations et les perd; il piège les peuples et les attrape.
24. Il retire le coeur des chefs du peuple de la terre,
et les fait vaguer dans un tohu sans route.
25. Ils palpent la ténèbre, non pas la lumière;
il les fait divaguer comme l’ivrogne.
Chapitre 13.
Des cuirasses d’argile
1. Certes ! mon oeil a tout vu, mon oreille a entendu; elle l’a discerné.
2. Ce que vous pénétrez, je le pénètre aussi.
Moi-même, je ne suis pas inférieur à vous.
3. Pourtant, c’est à Shadaï que je parlerai: je désire admonester Él !
4. Et pourtant, vous, plâtriers du mensonge ! Médecins d’idoles, vous tous !
5. Qui donnera de vous faire taire, taire ? Ce serait pour vous sagesse !
6. Entendez donc mon exhortation;
soyez attentifs aux combats de mes lèvres.
7. Est-ce à Él que vous parlez de duperie ?
À lui que vous parlez de forfaiture ?
8. Portez-vous ses faces, quand vous plaidez pour Él ?
9. Serait-il bon qu’il vous sonde, quand vous le bafouez
comme vous bafouez l’humain ?
10. Il vous admonestera, il vous admonestera,
si en secret vous portez des faces.
11. Son effroi ne vous terrorise-t-il pas ?
Son tremblement ne tombe-t-il pas sur vous ?
12. Vos souvenirs sont des exemples de cendre;
vos cuirasses, des cuirasses d’argile.
13. Taisez-vous devant moi; moi je parlerai !
M’advienne que pourra !
14. Pourquoi porter ma chair entre mes dents
et mettre mon être sur ma paume ?
15. Voici, il peut me tuer. Je l’espère: ah ! prouver mes routes en face de lui !
16. Cela sera aussi mon salut, car l’hypocrite ne vient pas en face de lui.
17. Entendez, entendez mon mot, mon énoncé, de vos oreilles !
18. Voici donc, j’ai préparé le jugement. Je le sais, oui, j’ai raison.
19. Qui plaiderait contre moi ?
Oui, maintenant je me tairais et j’agoniserais.
20. Mais ces deux-là, ne les fais pas contre moi.
Alors, en face de toi, je ne me voilerai pas.
21. Éloigne de moi ta paume, et de ton effroi ne me terrorise pas !
22. Crie, je répondrai moi-même. Ou je parlerai et tu me répliqueras.
23. Combien ai-je de torts, de fautes ?
Mes carences, mes fautes, fais-les-moi connaître.
24. Pourquoi voileras-tu tes faces ?
Me comptes-tu pour ton ennemi ?
25. Tu fais trembler une feuille cinglée et poursuis une paille sèche.
26. Oui, tu as écrit contre moi avec amertume;
tu m’as légué mes torts de jeunesse.
27. Tu mets mes pieds aux brancades et surveilles toutes mes voies;
tu notes les racines de mes jambes.
28. Lui s’use comme une carie, comme un habit qui mange la mite.
Chapitre 14.
Comme une ombre
1. L’humain, natif de la femme, bref en jours mais rassasié de tourment,
2. comme un bourgeon éclos se fauche.
Il fuit comme une ombre, sans arrêt.
3. Sur cela aussi, tu as dessillé tes yeux;
mais moi, tu me fais venir en jugement contre toi !
4. Qui donne du pur avec du contaminé ? Personne !
5. Puisque ses jours sont fixés,
le nombre de ses lunaisons dépend de toi.
Tu fais ses lois, il ne les transgresse pas.
6. Détourne-toi de lui, il cesse,
jusqu’à ce qu’il veuille, tel un salarié, finir sa journée.
7. Oui, l’espoir existe pour l’arbre,
s’il est tranché, il change encore, son surgeon ne disparaît pas.
8. Si sa racine vieillit en terre, son tronc périt dans la poussière.
9. Mais il hume les eaux, refleurit, et fais moisson comme un plant.
10. Un brave meurt, il faiblit; l’humain agonise: où est-il ?
11. Les eaux de la mer s’épuisent; le fleuve tarit, il est sec.
12. L’homme se couche et ne se relève pas.
Jusqu’aux non-ciels ils ne se ranimeront pas;
ils ne s’éveilleront pas de leur sommeil.
13. Qui donnera que tu me recèles au Shéol,
que tu me voiles jusqu’au reflux de ta fureur ?
Fixe pour moi une loi, un délai; souviens-toi de moi !
14. Si le brave meurt, revit-il ?
Tous les jours de ma corvée, j’attends l’arrivée de ma mutation.
15. Tu crieras, et je te répondrai moi-même;
tu languiras après l’oeuvre de tes mains.
16. Mais maintenant tu comptes mes pas; tu n’épargnes pas mes fautes.
17. Ma carence scellée dans une bourse, tu plâtres mon tort.
18. Et pourtant une montagne tombe, elle s’érode;
le roc est muté loin de son lieu.
19. Les eaux corrodent les pierres, leur flux inonde la poussière de la terre;
mais l’espoir de l’homme, tu le fais périr.
20. Tu l’attaques avec persistance: il s’en va;
tu changes ses faces et le renvoies.
21. Ses fils sont glorieux, il ne le sait pas;
ils se rabougrissent, il ne le discerne pas.
22. Mais sa chair contre lui s’endolorit; son être contre lui s’endeuille.
Chapitre 15.
Èliphaz à Iob
1. Èliphaz le Téimani répond et dit:
2. Le sage répond-il par la pénétration du souffle ?
Remplit-il sont ventre de simoun ?
3. Exhorte-t-il par une parole sans valeur, par des mots inutiles ?
4. Mais toi, tu annules le frémissement;
tu supprimes l’épanchement en face d’Él.
5. Oui, ton tort a dompté ta bouche; tu as choisi la langue des rusés.
6. Ta bouche t’incrimine, non pas moi; tes lèvres répondent contre toi.
7. Es-tu né le premier des humains ? as-tu été conçu avant les collines ?
8. Entends-tu le tréfonds d’Eloha ? as-tu accaparé la sagesse ?
9. Que savais-tu que nous ne sachions ?
que discernes-tu, qui ne soit avec nous ?
10. Parmi nous il y a même un vétéran, même un vieillard,
plus grand en jours que ton propre père.
11. Est-ce peu pour toi, ces réconforts d’Él, la parole qui te ménage ?
12. Où t’emporte ton coeur ? Où clignent les yeux ?
13. Oui, tu retournes ton souffle contre l’Él;
tu fais sortir de ta bouche des mots.
14. L’homme, qu’est-il, pour être purifié ?
Oui, pour avoir raison, le natif de la femme ?
15. Voici, il n’adhère pas à ses êtres sacrés;
les ciels ne sont pas purifiés à ses yeux.
16. Et moins encore l’abominable, le corrompu,
l’homme qui boit, comme de l’eau, la forfaiture.
Les soupçons d’Èliphaz
17. Je l’énonce pour toi, entends-moi; j’ai contemplé cela, je le raconte,
18. ce que les sages rapportent, ne l’ayant pas biffé chez leurs pères.
19. La terre a été donnée à eux seuls; l’étranger ne passe pas au milieu d’eux.
20. Lui, le criminel, se convulse tous les jours;
les années du tyran sont enfouies en nombre.
21. La voix des peurs en ses oreilles, le pillard vient en paix contre lui.
22. Il ne croit pas ressurgir de la ténèbre, lui, guetté par l’épée.
23. Il erre pour du pain: « Où donc ? »
Il le sait: oui, dans sa main, le jour de ténèbre est prêt.
24. La détresse, le harcèlement le terrorisent;
Ils l’agressent comme un roi prêt à l’assaut.
25. Oui, il tend sa main contre Él; il se renforce contre Shadaï.
26. Il court contre lui le col haut,
sous l’épaisseur de la cuirasse de ses boucliers.
27. Oui, il couvre ses faces de graisse; il fabrique l’adiposité de sa bedaine.
28. Il demeure dans des villes supprimées,
dans des maisons inhabitées, vouées aux galgals.
29. Il ne s’enrichit pas, sa valeur ne se lève pas;
il n’étale pas son gain sous terre.
Il ne s’écarte pas de la ténèbre;
30. La flamme dessèche son surgeon.
Il est écarté par le souffle de sa bouche.
31. Qu’il n’adhère pas à la vanité où il a divagué:
oui, la vanité sera son avatar.
32. Sans que son jour soit rempli, sa palme n’est pas luxuriante.
33. Il gâte, comme une vigne, son verjus;
il rejette, comme un olivier, son scintillement.
34. Oui, la communauté de l’hypocrite est bréhaigne;
le feu dévore les tentes à pots-de-vin,
35. Il engrosse le labeur et enfante la fraude; leur ventre prépare la duperie.
Chapitre 16.
Iob à Èliphaz
1. Iob répond et dit:
2. J’en ai entendu bien des pareilles, vous tous, consolateurs de misère !
3. « Est-ce la fin des paroles de vent ? »
Ou bien: « Qu’est-ce qui t’incite à répondre ? »
4. Moi-même aussi je parlerais comme vous, si vous étiez à ma place.
Je composerais pour vous des mots et hocherais de la tête sur vous.
5. Mais je vous réconforterais de ma bouche,
et la moue de ma lèvre vous ménagerait.
6. Si je parle, ma douleur ne sera pas ménagée.
Si je cesse, rien ne s’en ira de moi.
7. Seulement, maintenant, il m’excède:
tu as exterminé toute ma compagnie;
8. tu m’as ridé, ma maigreur en est témoin;
elle se lève en moi, et devant moi répond.
9. Sa fureur me déchire, il me dénonce et gronde des dents contre moi.
Mon oppresseur darde ses yeux contre moi.
10. Ils béent de leur bouche contre moi;
en flétrissure, ils frappent ma joue; ensemble, contre moi, ils s’amassent.
11. Él m’a enfermé chez le félon; il m’a précipité aux mains des criminels.
12. J’étais paisible, il me broie, me saisit par ma nuque, me désagrège,
et me relève en cible pour lui.
13. Ses archers m’entourent; il transperce mes reins sans compatir;
il répand à terre ma bile.
14. Il fait brèche en moi, brèche contre brèche,
et court vers moi comme un héros.
15. J’ai cousu un sac sur mon épiderme; je taraude de ma corne la poussière.
16. Ma face est effervescente de pleurs, l’ombremort sur mes paupières,
17. pour non-violence en ma paume, et ma prière pure !
18. Terre, ne recouvre pas mon sang !
Qu’il n’y ait pas de lieu pour cacher ma clameur !
19. Maintenant aussi, voici mon témoin dans les ciels,
mon testateur dans les hauteurs.
20. Mes médiateurs, mes compagnons, mon oeil coule pour Eloha !
21. Qu’il tranche entre l’homme et Eloha,
entre le fils d’Adâm et son compagnon !
22. Oui, des années comptées viennent;
je vais sur la voie d’où je ne reviendrai pas.
Chapitre 17.
Où donc est mon espoir ?
1. Mon souffle abîmé, mes jours éteints, à moi les sépultures !
2. N’est-ce pas, les sarcasmes avec moi ?
Mon oeil nuite dans leurs amertumes.
3. Mets-le donc et garantis-moi toi-même: qui d’autre me topera la main ?
4. Oui, tu as fermé leur coeur à la perspicacité. Aussi, que nul ne se lève !
5. Il annonce: « Au partage, compagnons: »
Mais les yeux de ses fils sont épuisés.
6. Il m’expose en fable aux peuples; je suis un crachat sur une face.
7. Mon oeil se ternit d’exaspération;
mes membres sont tous comme une ombre.
8. Les êtres équitables se désolent de cela;
l’innocent contre l’hypocrisie s’éveille.
9. Le juste étreint sa route; le pur-des-mains persévère dans la fermeté.
10. Pourtant, tous, retournez, venez donc !
Mais je ne trouve pas parmi vous de sage.
11. Mes jours, mes initiatives: passés !
Les héritages de mon coeur sont tranchés !
12. Ils prennent la nuit pour le jour
« La lumière est proche ! » face à la ténèbre !
13. Si j’espère, le Shéol est ma maison; dans la ténèbre, j’étends mon matelas !
14. Je crie à la fosse: « Toi, mon père ! »;
« Ma mère ! Ma soeur ! » à la putréfaction.
15. Où donc est mon espoir ? Mon espoir, qui l’aperçoit ?
16. Aux mains du Shéol il descendra,
quand, ensemble, nous reposerons dans la poussière.
Chapitre 18.
Bildad à Iob
1. Bildad le Shouhi répond et dit:
2. Jusqu’à quand mettrez-vous des triques aux mots ? Discernez, nous parlerons ensuite.
3. Pourquoi sommes-nous considérés
comme des bêtes contaminées à vos yeux ?
4. Il lacère son être en sa fureur !
Pour toi, la terre serait-elle abandonnée ?
le roc bougerait-il de son lieu ?
5. La lumière du criminel vacille aussi, il ne fulgure pas, le brasier de son feu.
6. Dans sa tente, la lumière enténèbre; sa lampe vacille devant lui.
7. Ses pas virils sont dans la détresse, et son conseil l’exclut.
8. Oui, il s’envoie, de ses pieds, dans un filet; il chemine dans un traquenard.
9. Un piège le saisit au talon; il renforce contre lui les traquets.
10. Sa corde est enfouie en terre, sa trappe sur le chemin.
11. Autour, des démons le terrorisent, et mettent en déroute ses pieds.
12. Sa virilité est affamée, la calamité prête à son côté.
13. Il mange les tissus de sa peau; il mange ses tissus, l’ |